Ăpinard đł#57 - Epargner l'Ă©lectricitĂ©
We've got the power !
Hello đł
Je vous ai dĂ©jĂ parlĂ© des batteries dans une Ă©dition prĂ©cĂ©dente. Et si vous avez lu cette newsletter, vous savez que ces derniĂšres posent question quant Ă lâapprovisionnement des ressources, leur impact environnemental et certains enjeux gĂ©opolitiques.
Aujourdâhui, je viens donc vous parler des autres technologies qui existent pour le stockage dâĂ©nergie longue durĂ©e.
Parce quâavec la croissance des Ă©nergies renouvelables, il faut bien stocker cet excĂ©dent quelque part pour lâutiliser quand on en a besoin. Ăa nous Ă©vitera de croiser les doigts pour avoir du soleil quand on aura envie de cuire une tarte aux pommes.
Oui je force le trait, câest mon cĂŽtĂ© taquin đ
Au programme du jour :
Le dĂ©fi de lâintermittence des Ă©nergies renouvelables.
Le stockage longue durĂ©e : quâest-ce que câest ?
6 technologies de stockage dâĂ©nergie passĂ©es en revue
On y va !
Gaël
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Jour, nuit, jour, nuit, jour⊠le défi électrique.
Avoir une coupure de courant, ça peut arriver.
Mais si un jour la demande en Ă©lectricitĂ© est trop forte par rapport Ă lâĂ©nergie que le rĂ©seau peut fournir⊠là ça coince. On va direct au black out.
Dâailleurs, nos besoins en Ă©lectricitĂ© augmentent.
Mais la part dâĂ©nergie renouvelable aussi.
Ă lâhorizon 2035, la RTE, le gestionnaire du rĂ©seau de transport dâĂ©lectricitĂ© en France estime que lâĂ©olien, les Ă©nergies marines et le photovoltaĂŻque produiront de 35 Ă 55 % de la demande dâĂ©lectricitĂ© française.
Câest cool ! Sauf que cette Ă©lectricitĂ© nâest pas toujours en phase avec nos besoins. Elle est parfois produite en excĂ©dant, et parfois il nây en a pas assez. Merci la mĂ©tĂ©o et les saisons.
La réduction de notre consommation et la sobriété ne feront pas tout pour pallier à ce problÚme.
Une solution : stocker lâĂ©nergie pour la redistribuer au bon moment.

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Et pour rendre le truc encore plus sympathique : lâĂ©lectricitĂ© ne se stocke pas en tant que telle. Il faut la transformer sous une autre forme dâĂ©nergie pour la stocker, puis la reconvertir en Ă©lectricitĂ© pour lâutiliser.
Câest le principe de fonctionnement des batteries.
Les enjeux dâun stockage de longue durĂ©e sont donc multiples :
Faire face Ă lâaugmentation des Ă©nergies renouvelables.
Ăquilibrer lâĂ©lectricitĂ© entre la production et la consommation.
Réguler la fréquence des réseaux pour faire face à des déficiences ponctuelles.
Selon lâAgence Internationale de lâĂnergie (AIE), les capacitĂ©s mondiales de stockage doivent ĂȘtre multipliĂ©es par 6 entre 2023 et 2030.
Le stockage longue durée : un enjeu sous haute tension
Aujourdâhui, on utilise principalement deux technologies pour stocker de lâĂ©nergie :
Les batteries chimiques. Les piles quoiâŠ
Le stockage hydraulique (je vous en reparle juste aprĂšs, mais jâai Ă©galement fait une Ă©dition sur les barrages).
La premiĂšre technologie est un moyen universel de stocker de lâĂ©nergie.
Les batteries se trouvent partout autour de nous, ont une bonne densitĂ© de stockage et une grande rĂ©activitĂ©. Mais elles nĂ©cessitent des terres rares, coĂ»tent parfois trĂšs chĂšres et nous rendent dĂ©pendants de pays qui virent dans les extrĂȘmes.
Heureusement, il existe dâautres types de stockage et lâhydraulique nâest pas le seul.
On retrouve :
Le stockage de lâĂ©nergie mĂ©canique.
Le stockage dâĂ©nergie par air comprimĂ©.
Le stockage de lâĂ©nergie thermique.
(Je vais surtout vous parler des trois premiers).
Nombreuses de ces technologies sont encore Ă leurs dĂ©buts et on nâa pas encore toutes les informations sur des Ă©lĂ©ments prĂ©cis comme lâimpact environnemental.
De maniĂšre globale, le stockage dâĂ©nergie de longue durĂ©e (LDES) doit prĂ©senter 5 avantages :
Un coĂ»t marginal faible pour stocker des grandes quantitĂ©s dâĂ©nergie Ă©lectrique.
Un dĂ©couplage de lâĂ©nergie et de la puissance.
Une Ă©volutivitĂ©, une modularisation, moins dâexigences en matiĂšre dâemplacement des usines et des stations, mais aussi une sĂ©curitĂ© renforcĂ©e.
Un faible coût économique, une indépendance vis à vis des ressources rares.
Une pĂ©riode de construction courte par rapport Ă la modernisation et extension des rĂ©seaux de transmission et de distribution de lâĂ©lectricitĂ©.
Ouai, rien que ça.
Quâimporte la technologie, en 2040, la capacitĂ© mondiale installĂ©e de LDES devrait atteindre 1,5 Ă 2,5 TW. Cela reprĂ©sente 8 Ă 15 fois la capacitĂ© totale de stockage dâĂ©nergie installĂ©e actuellement.
Ok, mais avec quelles technologies ? Et puis surtout, comment est-ce quâelles fonctionnent ?
1 - Le stockage de lâĂ©nergie mĂ©canique
Câest sans doute la technologie la plus avancĂ©e sur le marchĂ©.
Elle est assez simple : on stocke de l'énergie avec la gravité et/ou le mouvement.
Le stockage dâĂ©nergie par pompage-turbine
Lâhydraulique et les stations de transfert dâĂ©nergie par pompage (STEP) reprĂ©sentent 95 % de la capacitĂ© totale de stockage dâĂ©nergie dans le monde.
Il sâagit tout simplement dâutiliser la gravitĂ© et la force de lâeau pour produire de lâĂ©lectricitĂ©.
Comment ?
Lâeau est contenue dans une rĂ©serve dâeau Ă une altitude plus Ă©levĂ©e que celle dans laquelle elle est relĂąchĂ©e lorsquâil y a besoin dâĂ©lectricitĂ©. Sur sa descente, elle fait tourner des turbines qui gĂ©nĂšrent de lâĂ©nergie.
Cette technologie est principalement utilisée pour lisser les besoins électriques lors des pics de consommation.
Ses avantages :
Son rendement énergétique varie entre 70 % et 85 %. En France, 5,5 GW sont produites comme ça.
Elle est utilisĂ©e dans des rĂ©gions montagneuses oĂč ça sây prĂȘte naturellement.
La maintenance est faible et le marché mature.
Ses limites :
Difficile de construire de nouvelles stations car trĂšs peu de sites sont disponibles.
Ce sont des infrastructures coûteuses à mettre en place.
Le stockage avec blocs de béton ou tours à gravité
Cette technologie dĂ©place des masses trĂšs lourdes pour crĂ©er de lâĂ©nergie et ensuite la stocker.
La quantitĂ© dâĂ©nergie stockĂ©e dĂ©pend de trois facteurs principaux :
La masse de lâobjet : plus elle est lourde et plus il y a dâĂ©nergie.
La hauteur : plus la hauteur est grande et plus il y a dâĂ©nergie.
La gravité. Tout simplement.
ConcrĂštement, cela veut dire que lâon soulĂšve des blocs de bĂ©ton (ou une autre masse lourde) lorsquâil y a un surplus dans la production dâĂ©lectricitĂ© et on les abaisse dĂšs quâil y a un creux et une demande.
Oui, ça a lâair archaĂŻque dit comme ça, mais câest une technologie qui revient quelque peu.
Exemple avec Energy Vault qui vient de construire sa premiĂšre âbatterie en bĂ©tonâ en Chine, opĂ©rationnelle depuis mai 2024.
Câest un Ă©norme bĂątiment oĂč se trouvent des centaines de blocs de bĂ©ton de 24t chacun. Lors de la phase de âdestockageâ, les blocs se dĂ©placent Ă une vitesse de 2m/seconde et gĂ©nĂšrent prĂšs dâ1 megawattheure.
Ce systĂšme a lâavantage dâĂȘtre indĂ©pendant vis Ă vis du relief contrairement aux STEP.
Mais ses limites sont nombreuses :
Un impact environnemental notable avec lâutilisation de bĂ©ton.
Lâutilisation de beaucoup de place pour faire monter et descendre ces blocs de bĂ©ton.
Une usure mécanique rapide.
Les volants dâinertie
La troisiĂšme technologie de stockage mĂ©canique, aussi appelĂ©e Flywheel Energy Storage (FES), fait tourner un cylindre Ă haute vitesse dans une enceinte sous vide pour crĂ©er de lâĂ©lectricitĂ©.
LâĂ©nergie stockĂ©e dans la rotation du volant est transformĂ©e dĂšs que ce dernier se met en mouvement. Câest une technologie utilisĂ©e Ă petite Ă©chelle et qui est trĂšs rĂ©active, mais elle a aussi peu de rendement.
Son avantage majeur ?
Une rĂ©ponse rĂ©active avec une charge trĂšs rapide. Câest une technologie qui rĂ©pond immĂ©diatement Ă un besoin dâĂ©quilibrage.
Ses limites ?
Un stockage de trÚs courte durée, de quelques secondes à quelques minutes :
85 Ă 90 % dâefficacitĂ© au dĂ©marrage
78 % aprĂšs 5h
2 - Le stockage à air comprimé (CAES)
Cette technologie est similaire au stockage par pompage-turbinage sauf quâau lieu dâutiliser de lâeau pour faire tourner des turbines et crĂ©er de lâĂ©lectricitĂ©, on utilise de lâair.
Merci Sherlock.
Ce dernier est comprimĂ© et stockĂ© dans des cavitĂ©s souterraines (Ă©tanches) avant dâĂȘtre libĂ©rĂ© pour alimenter un gĂ©nĂ©rateur dĂšs quâil y a un creux de consommation Ă©lectrique.
Dit comme ça, câest intĂ©ressant, surtout quand on sait que cette technologie permet de stabiliser le rĂ©seau pendant plusieurs heures dâaffilĂ©e.
Sauf que :
Peu dâendroits se prĂȘtent Ă ce genre de stockage.
Le rendement énergétique est faible (entre 30 et 40%) à cause des pertes thermiques.
Pour certains modĂšles classiques, il faut rĂ©chauffer lâair pour avoir un meilleur rendement. Sauf que cela se fait surtout avec de lâĂ©nergie fossile.
3 - Le stockage Power-to-Gas
Ici on transforme lâĂ©lectricitĂ© en hydrogĂšne ou en mĂ©thane pour la stocker.
Comment ?
GrĂące Ă la technique de lâĂ©lectrolyse, dĂ©jĂ mentionnĂ©e dans lâĂ©dition sur lâhydrogĂšne. On vient tout simplement sĂ©parer lâeau (H2O) en dihydrogĂšne (H2) et dioxygĂšne (O2) grĂące Ă un courant Ă©lectrique.
Ensuite, cet hydrogĂšne peut ĂȘtre :
Stocké directement.
Converti en méthane via une rédaction avec du CO2.
Cette technologie a un potentiel de production de 3 GW et 180 kt dâhydrogĂšne, ce qui reprĂ©sente environ 20% de la demande actuelle en France.
Sauf que ce nâest pas tout rose :
Le rendement énergétique est faible, entre 25 et 40 % seulement.
LâĂ©nergie utilisĂ©e pour lâĂ©lectrolyse joue un grand rĂŽle dans lâimpact carbone car ce sont souvent des Ă©nergies fossiles qui sont utilisĂ©es. DâoĂč lâintĂ©rĂȘt de coupler ça avec des Ă©nergies renouvelables.
Il est difficile de stocker du gaz. Mais on a quelques experts en France, coucou Air Liquide.
4 - Le stockage thermique
Cette technologie stocke de la chaleur pour la redistribuer sous forme dâĂ©lectricitĂ©.
Câest une technologie trĂšs utilisĂ©e pour le chauffage urbain et lâindustrie.
Dâailleurs, câest ce principe que lâon retrouve dans votre chauffe-eau.
Il existe deux types de stockages thermiques (câest le moment de sortir la blouse de chimie) :
Le stockage sensible qui accumule de lâĂ©nergie en augmentant la tempĂ©rature dâun matĂ©riau sans changer son Ă©tat.
Le stockage latent qui utilise la chaleur de changement dâĂ©tat (fusion/solidification) et utilise donc une densitĂ© Ă©nergĂ©tique plus Ă©levĂ©e que la premiĂšre option.
Le premier a lâavantage dâĂȘtre simple et peu coĂ»teux avec un bon rendement Ă©nergĂ©tique allant de 70 Ă 80%, mais il nĂ©cessite beaucoup de place.
Le deuxiĂšme est risquĂ© et parfois trĂšs coĂ»teux. Câest pour cette raison quâil est peu dĂ©veloppĂ©.
De maniÚre générale, le stockage thermique est intéressant pour pallier aux pics de consommation électrique.
Et en fonction des technologies, il permet de stocker lâĂ©nergie de quelques heures Ă plusieurs mois.
Et la facture ? đ§
Si je nâai pas parlĂ© des coĂ»ts de chaque technologie jusquâici, câest parce quâil peut ĂȘtre difficile dâavoir une comparaison qui se fasse sur un pied dâĂ©galitĂ©, chose que rĂ©ussit le LCOS.
Levelized Cost Of Storage, ou le coĂ»t âstandardisĂ©â de stockage pour les non-anglophones.

Pour te permettre de comparer, le tarif rĂ©glementĂ© dâEDF (ce que tu paies) est aujourdâhui Ă ~0,20âŹ/kWh. Le prix de vente de lâĂ©nergie solaire Ă EDF est ~0,10âŹ/kWh.
Ici le coût de stockage est évalué selon la durée du stockage.
Les solutions les moins chĂšres sont le stockage hyrdo (PSH) et le stockage par air comprimĂ© (CAES). Ces deux solutions sâappuyant principalement sur ce que dame nature a bien voulu nous fournir, des montages et des grottes.
Pour le reste, deux scénarios sont possibles :
Les technologies progressent et leur LCOS diminuent.
Les tarifs dâĂ©lectricitĂ© augmenteront pour absorber le coĂ»t du stockage.
Comment investir ?
Ici pas de miracle, les opportunitĂ©s sont assez limitĂ©s. Le peu dâentreprises qui travaillent sur ces sujets sont rarement cĂŽtĂ©s en Bourse.
Il faudra donc Ă©pier dâĂ©ventuelles levĂ©es de fonds sur les plateformes participatives ou miser sur des fonds spĂ©cialisĂ©s.
Parmi les fonds spécialisés, on en retrouvera de deux types :
Les fonds dits âInfraâ qui financent les construction dâinfrastructure. Ils sont souvent mutli-Ă©nergie (solaire, Ă©olien, biogaz etc) et incluent parfois quelques projets de stockage. Le plus souvent, il sâagit de stockage par batteries Ă©lectrochimique.
Les fonds de private equity (ou financement privĂ© en bon français) qui eux investissent au capital des sociĂ©tĂ©s dĂ©veloppant ces nouvelles technologies. Ils sont peu nombreux et les tickets dâentrĂ©e sont Ă©levĂ©s (100k⏠minimum).
Conclusion
Sâil y a une chose Ă garder en tĂȘte quand vient lâimpact environnemental de ces technologies, câest de veiller Ă ce que les bĂ©nĂ©fices environnementaux des Ă©nergies renouvelables ne soient pas annulĂ©s par lâimpact environnemental des moyens de stockages. Oui, câest toi quâon regarde la batterie chimique đ§
Il nâexiste donc pas forcĂ©ment une solution idĂ©ale, mais des solutions pertinentes en fonction des cas dâusage et des besoins.
Combiner diffĂ©rentes technologies semble ĂȘtre lâoption la plus intĂ©ressante pour rĂ©pondre aux besoins de stockage des prochaines annĂ©es.
Câest la fin de cette Ă©dition, un peu plus longue que les autres, mais il y avait beaucoup de choses Ă dire sur ce sujet.
Preneur de ton retour, juste en dessous :
On se retrouve dans deux semaines pour une nouvelle édition.
PS 1 : Si tu souhaites ĂȘtre accompagnĂ©(e) dans tes investissements, rĂ©serve une consultation ici
PS 2 : Toutes les éditions précédentes sont dispos ici.
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GaĂ«l đł
â ïž Et pour finir : Je voudrais te rappeler quâici tu ne trouveras pas de conseils d'investissement ni de recommandations personnalisĂ©es. Ces informations sont impersonnelles, uniquement Ă but informatif et pĂ©dagogique et ne sont pas adaptĂ©es aux besoins d'investissement d'une personne spĂ©cifique.Tu dois aussi garder en tĂȘte quâinvestir dans des actifs cotĂ©s ou non cotĂ©s comporte un risque de perte partielle ou totale des montants investis ainsi qu'un risque d'illiquiditĂ©.Et enfin, le traitement fiscal dâun investissement dĂ©pend de la situation individuelle de chacun. Souviens-toi que les performances passĂ©es ne prĂ©jugent pas des performances futures.


