Ăpinard đł#48 - Une eau'pportunitĂ© ?
Eau douce : sa gestion et ses enjeux
Hello đł
Oui, ça pique un peu ce retour au bureau sous la pluie !
AprĂšs tous vos excĂšs de lâĂ©tĂ©, aujourdâhui on se dĂ©saltĂšre avec de lâeau.
Parce que mĂȘme si elle coule de source, ou plutĂŽt de nos robinets, il est fort probable que dans quelques annĂ©es on en manque (câest dĂ©jĂ le cas lors de forts Ă©pisodes de sĂ©cheresse).
Et je ne dis pas ça pour rajouter une couche Ă votre blues de rentrĂ©e, mais selon les Nations Unies, dâici 2050 on sera entre 2 et 7 milliards Ă ĂȘtre confronté·es Ă une pĂ©nurie dâeau douce.
La goutte dâeau sur le gĂąteau ? Tous les six mois il y a une polĂ©mique autour de sa pollution et sa potabilitĂ©.
Ah je sens que jâai jetĂ© un pavĂ© dans la mare.
Dans cette édition on va voir ensemble :
Si lâeau que lâon boit est vraiment polluĂ©e.
Comment lâeau douce arrive dans nos robinets.
Les perspectives du secteur.
Deux solutions possibles pour faire face Ă la pĂ©nurie dâeau douce.
Allez, on se jette Ă lâeau ensemble.
Bonne lecture !
PS : merci Ă tous ceux qui ont pris le temps de rĂ©pondre au questionnaire fin juillet đ Ăa va nous aider Ă amĂ©liorer la newsletter !
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đ§Eau douce, une illusion ?
Le dernier scandale en date : lâeau serait remplie de polluants Ă©ternels, les fameux PFAS dont on entend beaucoup parler ces derniers mois.
Et câest une rĂ©alitĂ© puisque ces PFAS se retrouvent dans les sources dâeau, câest-Ă -dire dans les nappes phrĂ©atiques et les eaux de surface (lac, riviĂšreâŠ).
Que ça soit pour le bisphénol A, les pesticides, les nitrites, les solvants, les résidus de médicaments ou bien les fameux PFAS, 1/4 des 6 900 stations de contrÎle dépassaient les seuils de contamination entre 2016 et 2023.
Câest une situation dramatique, sauf quâil ne faut pas oublier que ces mesures sont effectuĂ©es avant le traitement de lâeau et sa potabilisation et donc avant son nettoyage.
Lâeau que lâon boit est bien potable*, quâelle vienne du robinet ou dâune bouteille.
En revanche, ces Ă©tudes doivent alerter quant Ă lâimpact sur la biodiversitĂ© des milieux aquatiques, mais pas seulement.
đĄ *Quand on parle de potabilitĂ©, on fait rĂ©fĂ©rence Ă des seuils Ă ne pas dĂ©passer sur les diffĂ©rents polluants.
Ces seuils sont réguliÚrement critiqués, notamment pour ne pas prendre en compte les effets cocktails (mélange de différents polluants).
La notion de âpotabilitĂ©â est donc Ă©volutive dans le temps, Ă nous dâagir au quotidien pour quâelle soit de plus en plus stricte.De la nappe phrĂ©atique Ă lâeau du robinet : le petit (grand) cycle de lâeau

Quelques chiffres assez parlants :
Lâeau recouvre 72 % de la surface du globe mais seuls 2,8% sont de lâeau douce.
Cette eau douce se trouve :
à 1/4 dans des réservoirs accessibles (lacs, riviÚres, nappes).
Ă 3/4 dans les glaces et les neiges permanentes. (Oups).
Surtout, lâeau est une ressource finie. Câest-Ă -dire que chaque goutte dâeau sur Terre existe dĂ©jĂ .
Oui, ça remet les idées au clair quand on oublie de fermer le robinet en se brossant les dents.
MĂȘme si, techniquement, ce nâest pas de lâeau perdue puisque cette derniĂšre sera traitĂ©e avant dâĂȘtre rejetĂ©e et puis recaptĂ©e. Câest ce que lâon appelle le petit cycle de lâeau (le grand cycle concerne la pluie et son Ă©vaporation).
Entre le moment oĂč lâeau coule dans les nappes et lâinstant oĂč elle sort du robinet, elle en a fait du chemin :
Lâeau est captĂ©e directement des riviĂšres, lacs ou rĂ©servoirs ou bien elle est puisĂ©e par des forages pour les eaux souterraines.
Lâeau passe par une station de traitement (il en existe 17 000 en France) et plusieurs Ă©tapes avant de devenir potable :
Le pré-traitement avec des grilles et tamis pour enlever les gros débris.
La coagulation et la floculation qui consiste à mettre un produit chimique pour agglomérer les petites particules en plus grosses pour les rendre plus faciles à enlever.
La décantation pour faire retomber ces particules.
La filtration avec des lits de sable pour enlever les particules fines.
La dĂ©sinfection avec du chlore, de lâozone ou des rayons UV pour tuer les micro-organismes pathogĂšnes.
Lâajustement du pH pour Ă©viter que lâeau soit trop alcaline ou acide.
Ensuite câest lâheure du stockage dans de grands rĂ©servoirs ou des chĂąteaux dâeau.
Puis câest la distribution de lâeau qui se fait via un rĂ©seau dâeau complexe (et vieillissant) qui sâĂ©tend sur 956 000 km.
Lâeau est contrĂŽlĂ©e avec une surveillance continue pour sâassurer quâil nây a pas de contamination ou autre prĂ©sence de produits chimiques, biologiques ou physiques.
Ensuite lâeau est collectĂ©e, traitĂ©e de nouveau - dans des stations dâĂ©puration cette fois - avant dâĂȘtre rejetĂ©e dans les milieux naturels.
Alors pourquoi est-ce quâon nous bassine avec la pĂ©nurie dâeau sâil suffit de la traiter pour la rĂ©utiliser ?
La fin de lâabondance
La gestion de lâeau fait face Ă deux dĂ©fis qui crĂ©ent un effet ciseau :
Lâaugmentation de la demande en eau potable.
Une baisse de la disponibilité (surtout en été)
Entre 1920 et 2020 la population mondiale sâest multipliĂ©e par 4 tandis que la consommation en eau sâest multipliĂ©e par 6.
Voici comment se rĂ©partit la consommation dâeau douce au niveau mondial aujourdâhui :
70% pour lâagriculture
20% pour le secteur industriel
10% pour les particuliers (répartis trÚs inéquitablement de 600L/jour en Amérique du Nord à 10L/jour en Afrique)
Et la crise climatique a le beau rĂŽlede jouer sur les deux tableaux. Sympa !
Lâimpact du changement climatique câest :
Une baisse des précipitations de -16% à -23% en France.
Une diminution des dĂ©bits moyens des cours dâeau de -20% Ă -40%
RĂ©sultat : en 2019 : 67 % du pays Ă©tait concernĂ© par des mesures de restriction dâeau et 90 dĂ©partements avaient des cours dâeau dessĂ©chĂ©s.
Pas besoin dâavoir fait Maths Sup pour voir que les chiffres ne sont pas bons. Effet ciseau, on vous a dit.
đ€Avoir plus dâeau, câest possible ?
Pour ceux du fond de la classe qui nâont pas suivi, on le rĂ©pĂšte : lâeau douce est une ressource finie.
Il faut donc apprendre Ă la partager.
Penser en cascade plutĂŽt quâen Ă©toile
Aujourdâhui, tout le monde puise dans le mĂȘme puits et rejette son eau au mĂȘme endroit.
Une premiĂšre alternative pour rĂ©pondre Ă la demande tout en ayant une disponibilitĂ© moins importante est de penser les usages en cascades. Certains secteurs utilisant les ârejetsâ des secteurs prĂ©cĂ©dents.
Par exemple, pourquoi utiliser de lâeau parfaitement potable pour la chasse dâeau, alors quâune eau âgriseâ, issue de votre douche ferait trĂšs bien lâaffaire ?
Ce genre de rĂ©flexion peut mener Ă limiter les consommations dâeau dans un domicile, mais Ă©galement entre les secteurs dâactivitĂ©. La logique Ă©tant de ne pas systĂ©matiquement âjeterâ lâeau aprĂšs sa premiĂšre utilisation.
Questionner nos usages
Qui dit fin de lâabondance, dit Ă©galement remise en question.
Pour lâagriculture, 1er secteur de consommation, cela commence par sâinterroger sur le type de culture Ă semer dans les rĂ©gions qui seront maintenant soumises plus frĂ©quemment aux sĂ©cheresses estivales.
On sait que les céréales et notamment le maïs sont trÚs gourmands en eau.
Nây a-t-il pas des cultures plus appropriĂ©es ?
đ D'ailleurs plus de 40% du maĂŻs français est destinĂ© Ă l'Ă©levage.
Changer notre alimentation => changer les cultures => Diminuer les besoins en eau đEt quelques fun fact, dans la sĂ©rie aprĂšs moi le dĂ©luge :
La France est le 2Ăšme pays avec le plus grand nombre de piscines
Lors de la derniĂšre canicule, les golfs avaient le droit dâarroser leur green
Faire place Ă la technique
Les ingĂ©nieurs du premier rang nâont pas loupĂ© lâinfo : 69% de la planĂšte est couverte dâeau non-potable.
ProblĂšme = Solution
đDessaler lâeau de mer
Cette technique nâest pas nouvelle, mĂȘme si lâon en entend de plus en plus parler, surtout en Espagne oĂč les problĂ©matiques hydriques sont fortes.
Le secteur connaĂźt dâailleurs une croissance annuelle moyenne de 7,5 % depuis 2010.
Mais en quoi ça consiste exactement ?
Comme le nom lâindique, il sâagit de retirer le sel pour rendre lâeau de mer potable. Miam.
Bien Ă©videmment, câest plus complexe que cela.
Il faut enlever lâiode (en moyenne 35gr de sel par litre dâeau tout de mĂȘme), les fines particules de matiĂšres organiques, mais aussi les algues et les micro-organismes de plastique avec des techniques assez Ă©nergivores.
Deux procédés de dessalement existent :
la technique thermique
lâosmose inverse
Le premier distille lâeau salĂ©e pour la rendre douce en la vaporisant Ă haute tempĂ©rature. La vapeur ne contient pas de sel ; ces gouttelettes se condensent ensuite sur des parois froides avant dâĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©es.
Lâosmose inverse est un peu plus complexe. Il sâagit de filtrer lâeau Ă travers une membrane pour rĂ©cupĂ©rer lâeau douce. Pour cela une forte pression doit ĂȘtre appliquĂ©e, surtout si la concentration en iode est forte.
Si techniquement câest faisable, cela a un coĂ»t financier et environnemental.
Le coĂ»t financier varie entre 1⏠et 9âŹ/m3 en fonction de la technique utilisĂ©e et du coĂ»t de lâĂ©nergie sur place. A comparer avec un prix du m3 moyen de 4,2⏠en France (toutes taxes comprises).
CĂŽtĂ© environnement 1L dâeau dessalĂ©e câest 1L de saumure rejetĂ© dans les Ă©cosystĂšmes marins.
Plus chaude, plus salée et concentrée de produits chimiques, localement, elle impacte fortement les organismes marins, les algues et les mollusques.
Câest pour cela que le dessalement peut ĂȘtre une option dans certains cas de figures critiques Ă condition de prendre en considĂ©ration son impact Ă©cologique.
Bref, ce nâest pas la panacĂ©e.
Le nettoyage des eaux usées aka la REUT
La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) permet de donner une seconde vie aux eaux usées.
LâidĂ©e est de les traiter suffisamment pour quâelles soient exploitables dans lâagriculture ou lâindustrie sans aller jusquâĂ la rendre potable.
Une sorte de prĂ©-lavage quoiâŠ
La REUT existe depuis les annĂ©es 1980 lorsquâil fallait trouver une solution pour arroser les cultures dans des rĂ©gions qui avaient peu dâeau. Et depuis, le chemin parcouru nâest pas si grand.
Pourtant, ce nâest pas le potentiel qui manque : Le Centre dâĂtudes sur lâEnvironnement et lâAmĂ©nagement (CEREMA) lâestime Ă 1,6 milliard de m3 par an.
Mais en 2017, seul 1% de lâeau traitĂ©e Ă lâĂ©chelle nationale Ă©tait recyclĂ©e et sur les 128 cas de REUT, seuls 63 fonctionnaient.
Ă ce jour, 60% de ces projets de recyclage de lâeau visent le secteur agricole et 26% lâarrosage de terrains de golfs.
Pourquoi est-ce quâon en est lĂ ?
La difficultĂ© quant Ă la rentabilitĂ© : entre les kilomĂštres de tuyaux Ă installer de la station dâĂ©puration au lieu du projet, lâĂ©nergie utilisĂ©e pour lâacheminement et le besoin de traitement supplĂ©mentaire pour certaines cultures qui tolĂšrent mal lâeau trop salĂ©e Ă cause de nos urines⊠Le compte nâest pas bon.
La qualitĂ© nĂ©cessaire pour que lâeau recyclĂ©e soit pertinente Ă utiliser plutĂŽt que lâeau douce des nappes phrĂ©atiques.
La redirection de lâeau rĂ©utilisĂ©e vers des projets qui questionnent (coucou lâimplantation ou lâagrandissement des terrains de golf (encore eux)) ou lâirrigation de cultures issues de lâagriculture intensive plutĂŽt que vers des projets socialement acceptĂ©s et qui ont rĂ©ellement besoin de cette eau : soutenir les dĂ©bits des cours dâeau en Ă©tĂ©, aider les projets agricoles moyensâŠ
On va donc le rĂ©pĂ©ter, il faut questionner les usages que lâon fait de lâeau dont on dispose actuellement.
Parmi les autres pistes : rĂ©duire les fuites dâeau du rĂ©seau français serait dĂ©jĂ une bonne idĂ©e ! Elles causent la perte dâ1 milliard de m3 dâeau potable par an. Soit 20% de la production. Oui, câest Ă©norme.Comment investir dans le secteur ?
Le secteur de lâeau est souvent mis en avant dans les dĂ©marches dâinvestissement responsables.
Un marchĂ© structurellement en croissance, avec un nombre dâacteurs relativement limitĂ©s et ayant pour la plupart des quasi-monopolesâŠ
En France, voici les trois principales entreprises qui interviennent sur ce secteur :
Véolia, acteur historique du secteur et le descendant de la Compagnie Générale des Eaux de Napoléon
SUEZ, deuxiĂšme acteur en France et descendant de la Lyonnaise des Eaux, il combine comme Veolia, gestion de lâeau et des dĂ©chets.
La SAUR, dernier grand acteur du marchĂ© français et spĂ©cialiste des services de gestion de lâeau potable.
DerriÚre de nombreuses PME sont sollicités comme fournisseurs ou sous-traitants de ces 3 grands groupes.
Au niveau international, les grands acteurs sâappellent Ecolab, Xylem, Toshiba Waters, CalgonCarbon ou encore Ecologix.
Il est relativement facile de trouver des fonds sur cette thĂ©matique du traitement de lâeau, comme par exemple :
Pictet Water
Thematics Water
L&G Clean Water
Toutefois, il nâest pas rare dây retrouver des constructeurs de piscines, ou des vendeurs de systĂšme dâirrigation pour des golfs.
Comme toujours, le diable est dans les détails.
Conclusion
Voilà pour cette édition de rentrée.
Comme à chaque fois, dis-moi ce que tu en as pensé :
Pour finir sur une note poĂ©tique, je vous laisse avec les mots dâun fameux artiste martial : âJâadore lâeau, dans 20, 30 ans, yâen aura plusâŠâ
On se retrouve dans deux semaines pour une nouvelle édition.
PS 1 : Si tu souhaites ĂȘtre accompagnĂ©(e) dans tes investissements, rĂ©serve une consultation ici
PS 2 : Toutes les éditions précédentes sont dispos ici.
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GaĂ«l đł
â ïž Et pour finir : Je voudrais te rappeler quâici tu ne trouveras pas de conseils d'investissement ni de recommandations personnalisĂ©es. Ces informations sont impersonnelles, uniquement Ă but informatif et pĂ©dagogique et ne sont pas adaptĂ©es aux besoins d'investissement d'une personne spĂ©cifique.Tu dois aussi garder en tĂȘte quâinvestir dans des actifs cotĂ©s ou non cotĂ©s comporte un risque de perte partielle ou totale des montants investis ainsi qu'un risque d'illiquiditĂ©.Et enfin, le traitement fiscal dâun investissement dĂ©pend de la situation individuelle de chacun. Souviens-toi que les performances passĂ©es ne prĂ©jugent pas des performances futures.

