Épinard 🌳#80 - La low-tech : l’innovation du futur.
Avec électricité et eau courante, promis !
Hello 🌳
Saviez-vous que chaque français·e possède en moyenne 10 appareils numériques avec écran ? Et qu’un quart de ces derniers n’est pas utilisé ?
On parle ici de téléphones, ordinateurs portables, télévisions, mais aussi de montres connectées, tablettes, consoles de jeux ou encore du frigo connecté qui affiche sur écran tactile ce qui se trouve à l’intérieur avant de vous proposer une liste de courses….
Et chaque année, ce chiffre augmente.
Loin de moi l’idée de vouloir revenir à la bougie pour s’éclairer.
Mais a-t-on vraiment besoin d’autant d’appareils électroniques et numériques au quotidien ? (Ouvrir son frigo avec un bloc-note écorné à la main avant de partir faire ses courses, est-ce vraiment la mer à boire ?).
La technologie peut-elle vraiment nous “sauver” face au réchauffement climatique ?
Ou au contraire…n’est-ce pas elle qui nous précipite vers le point de non-retour ?
Je sais, ça fait pas mal de questions pour un dimanche.
Alors pour tenter d’y répondre, parlons de low-tech ou “basses technologies” pour les frenchies au fond de la salle.
Aujourd’hui, on va voir ensemble :
- Ce qu’est la low-tech ;
- Pourquoi elle représente une “innovation” radicale ;
- Quels obstacles elle rencontre.
Promis : édition garantie sans technophobie (ou lecture à la bougie !).
Prêt·e à passer de la lecture à l’action ?
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Tous les appareils électroniques qui nous entourent sont gourmands en ressources. Dans un monde où l’eau se raréfie, où les matières premières s’épuisent et deviennent des enjeux géopolitiques majeurs, difficile d’imaginer que c’est justement la technologie qui résoudra tous ces problèmes.
Notre société surconsomme.
Nous sommes suréquipés.
Et les “innovations” ne font souvent que déplacer - ou amplifier - les défis écologiques, sociaux et économiques.
C’est ici que la low-tech propose une alternative : revenir à l’essentiel.
Mais aujourd’hui, qu’est-ce que c’est cet essentiel ? Vous avez 4h.
Mais dis-moi Gaël, c’est quoi les low-tech ?
Les origines
Le concept de low-tech naît dans les années 1970, dans les mouvements technocritiques.
Ce n’est pas juste une affaire de bricolage ou d’outils de nos grands-parents : c’est une autre manière de penser notre rapport à la technologie.
La low-tech vise à concevoir et utiliser des solutions :
Sobres.
Durables.
Accessibles.
Elle s’oppose à la high-tech bling bling et toujours plus : ici, pas de gadgets sur-sophistiqués ou d’écran tactile à tout-va.
À savoir que la low-tech ne doit pas être confondue avec la green tech, la slow tech ou l’écoconception : elle va encore plus loin en s’attaquant aux racines du problème et cherche avant tout à proposer des solutions économes en ressources, en finances et en impact écologique.
Globalement, ce sont des solutions qui sont plus respectueuses du vivant, des ressources et des humains (et de leur porte-monnaie).
Les principes du mouvement
Les maîtres mots de la low-tech sont donc : résilience, autonomie, sobriété, préservation et simplicité.
→ Résilience : être capable de résister aux crises climatiques, sociales, économiques actuelles et à venir.
→ Autonomie : réduire la dépendance aux industries et aux multinationales, à l’échelle individuelle et communautaire.
→ Sobriété : minimiser l’impact environnemental, social et économique.
→ Préservation : transmettre des savoir-faire, des pratiques soutenables, des systèmes et modes de vie.
→ Simplicité : créer des outils accessibles, réparables, et compréhensibles par tous·tes.
Pour être considérée comme low-tech, une technologie doit répondre aux trois principes fondateurs :
L’utilité.
La durabilité.
L’accessibilité.
Le besoin répondu est-il réel ? (Vous avez 4h, encore).
La low-tech est là pour permettre de produire et de consommer de manière saine et pertinente.
→ A-t-on vraiment besoin d’un maillot de bain connecté qui notifie des rayons UV et des messages ?
→ A-t-on réellement le besoin d’avoir un ventilateur miniature sur batterie caché à l’intérieur d’une figurine de chat pour refroidir son thé brûlant ?
Sans doute que non. Ces objets sont loin (très loin) d’être low-tech.
Est-ce réparable, modulable, résistant ?
Avant de chercher à produire et acheter au plus bas prix, il faut réfléchir à l’usage, la durée et la résistance de l’outil. Quelque chose de low-tech invite à se poser des questions quant à sa conception, sa résilience, sa robustesse, sa fonctionnalité et sa fin de vie.
Qu’en est-il en termes de coûts, de facilité d’utilisation et de fabrication ?
Un outil low-tech ne peut pas apparaître simple. Il doit l’être réellement, son mécanisme ne doit pas être complexe ou coûter cher à réparer ou à fabriquer.
Ces trois principes amènent à se poser d’autres questions :
→ Cet objet est-il réellement le plus soutenable possible d’un point de vue humain et écologique ?
→ Est-ce qu’il nous rend plus résilient·es, autonomes, agiles ?
→ Est-ce utile et est-ce que ça vaut vraiment le coût ?
Comme le dit Arthur Keller, cette démarche est :
Une approche, une méthode, une vision, une philosophie, presque une culture, dépassant largement la question technologique stricte. Une démarche d’ensemble qui permet de se remettre en conformité avec les limites planétaires, c’est-à-dire de ne pas consommer davantage d’énergie, de matériaux et de ressources que ce que la Terre peut durablement fournir.
Dans quels domaines peut-on faire de la low-tech ?
Presque partout !
Ces principes peuvent s’appliquer à la gestion de l’énergie, de l’eau, des déchets, de l’alimentation, des matériaux, de l’habitat, des transports, de l’hygiène ou bien de la santé.
Voici quelques exemples :
→ Dans l’habitat et la construction :
Les toilettes sèches.
Le récupérateur d’eau.
Le chauffe-eau solaire.
→ Dans l’agriculture :
Les principes de permaculture ou d’agro-foresterie.
Travailler avec des matériaux comme le bois, le métal et revenir à des technologies qui nécessitent peu de ressources rares ou d’électronique.
Réparer et fabriquer soi-même ses outils et son matériel.
→ Dans l’alimentation :
Le compost.
La lacto-fermentation.
Les initiatives zéro déchet.
Les circuits courts.
→ Dans les transports et l’énergie :
Le vélo ou vélo-cargo.
Le four solaire.
Le frigo du désert aussi appelé “zeer pot”.
Peut-être qu’en voyant cette liste, vous faites déjà du low-tech ? high five
Pourquoi c’est une “innovation” radicale ?
L’étymologie de radical, c’est “racine” qui vient de radix en latin.
Et on peut dire que la low-tech va à la racine du problème pour chercher des solutions concrètes en faisant les choses complètement différemment de ce qui se fait aujourd’hui.
Cela peut sembler paradoxal de parler “d’innovations low-tech” car on imagine un retour en arrière en s’entourant des objets et pratiques de nos grands-parents.
Mais dans une société ultra-consommatrice, les low-techs innovent parce qu’elles visent à imaginer des solutions qui contournent les problèmes de :
D’approvisionnement en ressources (et les enjeux géopolitiques liés).
D’obsolescence programmée.
Surconsommation d’énergie.
Déchets inutiles.
Made in France et rien qu’en France
C’est radical car les innovations se font à l’échelle locale.
La fabrication peut être décentralisée à l’échelle de tiers-lieux ou d’ateliers coopératifs.
Quand vous emmenez votre vélo à l’atelier réparation de l’association du coin, vous êtes low-tech.
Et qui dit fabrication française dit création d’emplois, création de liens sociaux et réduction de la dépendance aux chaînes logistiques mondialisées et aux fluctuations tarifaires (et vu ce qu’il se passe avec Trump et les taxes douanières, c’est pas une mauvaise idée).
Penser low-tech, c’est aussi repenser l’industrie elle-même :
Favoriser la mutualisation des équipements entre entreprises.
Prolonger la durée de vie des machines par le réemploi.
Développer massivement les services de réparation.
L’idée n’est pas de se replier sur soi-même, mais d’enclencher une dynamique citoyenne, mutualiser les ressources et créer des solutions alternatives.
Alors, vous pensez toujours que vous allez devoir lire à la bougie ?
Les obstacles actuels à la low-tech
Nez froncé et sourcil levé, vous avez quand même du mal à imaginer revenir à “avant”. Peut-être que depuis le début, vous êtes sceptique.
Ça ne fait pas rêver et on aime le confort
À l’échelle du temps, on est passé du télégramme, au téléphone, à l’iPhone, à internet illimité, à l’Intelligence Artificielle en un claquement de doigts.
La société semble toujours aller “de l’avant” et chercher de nouvelles innovations, de nouvelles idées et de nouvelles sophistications technologiques.
En comparaison, les low-tech sont bof.
Elles sont fonctionnelles. Et c’est tout.
Pas d’effet waow.
Pas de symbolique d’appartenance.
Pas d’hyperconnectivité.
Le frein majeur à leur déploiement reste donc leur désirabilité.
C’est extrêmement difficile de se projeter avec “moins” car nous les humains aimons notre confort.
Sauf qu’il ne s’agit pas de penser en termes de perte, mais de gain.
→ On gagne en autonomie, en indépendance et donc en mieux vivre au quotidien.
→ On gagne en sens dans nos actions et dans nos modes de consommation.
→ On gagne en rencontres, en ouverture et en émancipation.
Mais tout cela ne peut pas se faire seulement à l’échelle individuelle, où la technologie deviendrait un moyen plus qu’une fin en soi. Il faut une remise en question systémique. Et ça…c’est le plus difficile.
Low-tech et capitalisme ne vont pas (du tout) ensemble
Beaucoup de solutions low-tech sont libres d’accès : cherchez “zeer pot” sur Google et vous serez capable d’en reproduire un cet après-midi après un petit passage à la jardinerie.
→ Pas besoin de déposer un brevet pour protéger une technologie ultra-complexe.
→ Impossible de créer un business modèle où l’utilisateur devient propriétaire d’un bien, doit faire changer des pièces détachées obligatoires ou payer un abonnement mensuel pour l’utilisation.
Se pose donc la question de la rentabilité. Et de l’expansion économique.
Car les low-tech incarnent tout l’inverse : la volonté de produire des objets robustes.
C’est une des raisons principales qui explique que les financements (VC, BPI) vont surtout aux start-ups deeptech.
Adopter massivement les solutions low-tech fait sortir du système : j’achète, j’utilise, je jette.
La société n’a pas été pensée pour être low-tech
Comme pour la voiture, difficile de sortir du système en adoptant des alternatives.
→ Selon l’ONU, 68 % de la population mondiale vivra en ville d’ici 2050. Difficile d’imaginer créer un potager ou avoir des toilettes sèches.
→ 75 % des logements en France sont raccordés à un chauffage central ou collectif. Impossible de s’autonomiser sur ce point.
Et puis soyons réalistes, dans le système actuel, les low-tech ne pourraient jamais couvrir l’ensemble des besoins actuels. La densité humaine, les usages contemporains, les modèles économiques et le temps de chacun·e sont des facteurs qu’on ne peut mettre de côté.
Mais la low-tech est avant tout un courant de pensée.
Et même si vous ne pouvez pas faire pousser des butternuts sur votre balcon, vous pouvez vous demander :
Qu’est-ce qui est vraiment essentiel au quotidien ?
Quels sont mes besoins ?
Comment gagner en indépendance sur ce sujet ?
Est-ce que je peux fabriquer ou réparer cet objet ?
(Vous avez 4h).
Conclusion
Voici, pour cette édition un peu “hors cadre”. Il me semblait intéressant de parler de la low tech, car non la transition ne se fera pas uniquement avec des outils capitalistiques.
Preneur de votre retour et à très vite
Gaël
PS 1 : Si tu souhaites être accompagné(e) dans tes investissements, viens nous en parler ici
PS 2 : Toutes les éditions précédentes sont dispos ici.
👋
Gaël 🌳
⚠️ Et pour finir : Je voudrais te rappeler qu’ici tu ne trouveras pas de conseils d'investissement ni de recommandations personnalisées. Ces informations sont impersonnelles, uniquement à but informatif et pédagogique et ne sont pas adaptées aux besoins d'investissement d'une personne spécifique.Tu dois aussi garder en tête qu’investir dans des actifs cotés ou non cotés comporte un risque de perte partielle ou totale des montants investis ainsi qu'un risque d'illiquidité.Et enfin, le traitement fiscal d’un investissement dépend de la situation individuelle de chacun. Souviens-toi que les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

