Ăpinard đł#76 - PĂȘchĂ©cologie : quand l'ocĂ©an devient la solution
Océans et climat : et si on avait tout faux ?
Hello đł
Mes meilleurs vĆux Ă toutes et tous pour cette nouvelle annĂ©e !
Tu te souviens de notre Ă©dition sur les ocĂ©ans il y a quelques mois ? On y parlait de lâeau qui se rĂ©chauffe, qui sâacidifie, bref, de lâocĂ©an comme victime du changement climatique.
Aujourdâhui, on retourne le problĂšme.
Et si lâocĂ©an nâĂ©tait pas seulement une victime, mais une partie de la solution ? Et si, au lieu de le voir comme un puits Ă CO2 qui sature, on le considĂ©rait comme un alliĂ© Ă rĂ©activer ?
Câest lâidĂ©e derriĂšre un concept qui monte : la pĂȘchĂ©cologie. Un mĂ©lange de pĂȘche et dâĂ©cologie, inventĂ© par Didier Gascuel, un chercheur breton qui bosse sur le sujet depuis 30 ans.
Son constat est simple : on a cassé la machine.
Les ocĂ©ans pourraient absorber bien plus de carbone et nourrir bien plus de monde⊠si on arrĂȘtait de les vider sans cesse.
Dans cette édition, on va voir ensemble :
đ Le rĂŽle (mĂ©connu) des poissons dans le stockage du carbone
đż Algues : la vraie solution vs le greenwashing
đŁ La pĂȘchĂ©cologie : pĂȘcher mieux pour pĂȘcher plus longtemps
đ° Quelques pistes pour y investir
PS : Cette Ă©dition sâappuie sur lâĂ©norme travail de syntĂšse de Pierre Gilbert sur le sujet dans son dernier livre âLes voies nouvelles du gĂ©omimĂ©tismeâ. Je vous le recommande !
Allez, letâs Go.
Gaël
Avant de passer Ă la lecture :
đTu es entrepreneur-se â on te prĂ©pare pleins de choses pour 2026
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đ Les poissons, hĂ©ros oubliĂ©s du climat
Quand on pense âpuits de carboneâ, on visualise des forĂȘts. Peut-ĂȘtre des tourbiĂšres pour les plus calĂ©s. Rarement des maquereaux.
Et pourtant.
Les océans absorbent environ 30% de nos émissions de CO2.
Câest tellement Ă©norme, que sâen est le premier puits de carbone sur Terre.
Mais comment ça marche exactement ?
Deux mĂ©canismes fonctionnent en parallĂšle, lâun sâappuie sur un procĂ©dĂ© chimique ou lâeau absorbe directement le CO2 dissous dans lâair.
Lâautre, câest ce que Pierre Gilbert appelle la pompe biologique. En gros :
Le phytoplancton (des micro-algues invisibles) capte le CO2 en surface grĂące Ă la photosynthĂšse
Les petits poissons mangent le phytoplancton
Les gros poissons mangent les petits
Tout ce petit monde produit des déjections qui coulent
Une partie de ce carbone finit par sédimenter au fond, piégé pour des siÚcles
Dit autrement : chaque poisson qui nage participe Ă faire descendre du carbone vers les profondeurs. Les scientifiques estiment que cette pompe biologique sĂ©questre environ 15 gigatonnes de carbone par an. Câest colossal.
Le problÚme ? On a sérieusement abßmé la machine.
Entre la surpĂȘche qui a divisĂ© par deux lâabondance des poissons depuis 1970 et le chalutage de fond qui racle les sĂ©diments marins, on fait exactement lâinverse de ce quâil faudrait. On vide lâocĂ©an de ses poissons (qui font descendre le carbone) et on remue les fonds (qui le libĂšrent).
Une Ă©tude de 2024 estime que le chalutage libĂšre environ 370 millions de tonnes de CO2 par an en remuant les sĂ©diments. Câest lâĂ©quivalent des Ă©missions de lâEspagne.
Bon, ce chiffre fait dĂ©bat dans la communautĂ© scientifique (certains parlent de 10 fois moins), mais mĂȘme dans lâhypothĂšse basse, ça reste significatif.
đż Algues : le vrai du faux
Depuis quelques années, les algues sont présentées comme LA solution miracle pour le climat.
Spoiler : câest plus compliquĂ© que ça.
Micro-algues vs macro-algues : pas le mĂȘme combat
Les micro-algues ont un potentiel climatique direct trÚs limité. Pourquoi ?
Parce quâil faut les cultiver dans des biorĂ©acteurs quâil faut chauffer, remuer, alimenter⊠Sur lâensemble du cycle de vie, le bilan carbone nâest pas terrible.
En revanche, elles ont un potentiel indirect intĂ©ressant : remplacer les farines de poisson dans lâaquaculture, substituer des protĂ©ines importĂ©es (coucou le soja brĂ©silien), etc.
Les macro-algues (laminaires, kelpâŠ), câest autre chose. Elles poussent vite (jusquâĂ 1 mĂštre par mois), ne demandent ni engrais ni eau douce, et captent du CO2 en quantitĂ©. Une ferme de kelp peut fixer environ 1500 tonnes de CO2 par kilomĂštre carrĂ© et par an.
Elles se nourrissent mĂȘme de lâazote et du phosphore issus de notre agriculture et permettent ainsi de rééquilibrer la mer.
Le hic ? Difficile dâĂ©valuer quelle part de ce carbone finit rĂ©ellement sĂ©questrĂ© dans les sĂ©diments. Le reste retourne dans le cycle quand lâalgue meurt et se dĂ©compose.
Le vrai potentiel des algues
Le potentiel des algues nâest peut-ĂȘtre pas lĂ oĂč on le cherche.
Leur vrai intĂ©rĂȘt, câest de recrĂ©er des Ă©cosystĂšmes. Les forĂȘts de kelp sont des oasis de biodiversitĂ© : elles attirent les poissons, qui attirent les prĂ©dateurs, qui font tourner la pompe biologique. Elles rĂ©oxygĂšnent les zones mortes. Elles protĂšgent les cĂŽtes de lâĂ©rosion.
Et on sait cultiver ces algues !
En faisant un rapide calcul, les Ă©missions europĂ©ennes sont dâenviron 3 GigaTonnes de CO2eq/an, il faudrait donc 2 millions de kilomĂštres carrĂ©s de fermes de Kelp pour capter chaque annĂ©e les Ă©missions europĂ©ennes.
Pour donner un ordre de grandeur, la Zone Ăconomique Exclusive (ZEE) de la France, câest 10 millions de kilomĂštres carrĂ©s. Ce nâest donc pas si irrĂ©aliste dâun point de vue physique.
Pour sĂ©questrer sur le long terme lâensemble des Ă©missions, il faudrait une surface beaucoup plus importante, car une partie de ces Ă©missions captĂ©es seront rĂ©introduites dans le cycle.
đŁ La pĂȘchĂ©cologie : lâagroĂ©cologie de la mer
Didier Gascuel est professeur Ă lâInstitut Agro de Rennes et a passĂ© 15 ans au Conseil scientifique europĂ©en des pĂȘches. Autant dire quâil connaĂźt le systĂšme de lâintĂ©rieur.
Son diagnostic est sĂ©vĂšre : on gĂšre les ocĂ©ans comme on gĂ©rait lâagriculture dans les annĂ©es 60. Productivisme, extraction maximale, course au rendement. RĂ©sultat : des stocks divisĂ©s par trois, des Ă©cosystĂšmes appauvris, et une filiĂšre sous perfusion de subventions.
Sa proposition ? La pĂȘchĂ©cologie â sâappuyer sur le bon fonctionnement des Ă©cosystĂšmes pour mieux pĂȘcher.
ConcrÚtement, ça veut dire :
1. Laisser les poissons grandir
Aujourdâhui, pour la moitiĂ© des espĂšces de fond, plus de 40% des captures sont des juvĂ©niles. On pĂȘche des bĂ©bĂ©s. En augmentant simplement la taille des mailles des filets, on pourrait pĂȘcher autant en volume⊠avec deux fois plus de poissons dans la mer.
2. Changer de méthodes
Le chalut de fond, câest 63% des dĂ©barquements français avec seulement 12% des navires. Câest efficace, mais dĂ©vastateur. Un chalut Ă©met de 6 Ă 8 kg de CO2eq par kg de poisson pĂȘchĂ©.
En face, un poisson pĂȘchĂ© Ă la ligne ou avec un casier âĂ©metâ 1 Ă 2 kg de CO2eq par kg.
Les âarts dormantsâ (lignes, casiers, filets fixes) sont donc moins impactants.
De plus, ils crĂ©ent plus dâemplois et permettent une pĂȘche plus sĂ©lective.
3. Protéger vraiment les aires marines
La France affiche fiĂšrement 32,5% de ses eaux en âaires marines protĂ©gĂ©esâ. Le problĂšme ? Seulement 1,6% bĂ©nĂ©ficie dâune protection rĂ©elle. En mĂ©tropole, câest 0,01%.
Le reste, câest de la protection sur le papier. En 2023, les Aires Marine ProtĂ©gĂ©es françaises ont subi 1,7 million dâheures de chalutage. On est champions dâEurope du chalutage dans nos propres zones protĂ©gĂ©es.
4. Réorienter les subventions
Aujourdâhui, les chalutiers industriels captent 55% des aides publiques Ă la pĂȘche. La petite pĂȘche cĂŽtiĂšre : 16%. Alors quâelle crĂ©e deux fois plus dâemplois par tonne dĂ©barquĂ©e.
Un modĂšle qui marche : la coquille Saint-Jacques de Saint-Brieuc
Lâexemple prĂ©fĂ©rĂ© de Gascuel, câest la baie de Saint-Brieuc.
LĂ -bas, les pĂȘcheurs ont fait le choix inverse du productivisme : limitation des outils de pĂȘche, pĂȘche limitĂ©e une partie de lâannĂ©e, sorties limitĂ©es Ă 45 minutes deux fois par semaine.
Résultat ? La ressource est bien gérée, 200 bateaux sont maintenus, et les ports bretons vivent de la coquille depuis des décennies.
Câest exactement le principe de la pĂȘchĂ©cologie : on peut pĂȘcher durablement, crĂ©er plus dâemplois, avec plus de poissons dans la mer. Il âsuffitâ dâaccepter de changer de modĂšle.
đ° Comment investir dans cette transition ?
Le secteur reste difficile dâaccĂšs pour les particuliers, mais quelques pistes existent :
PĂȘche durable avec son pouvoir dâachat
Poiscaille : le modÚle AMAP appliqué à la mer, qui a levé sur LITA
Les coopĂ©ratives de pĂȘcheurs artisanaux qui se structurent
Fonds âBlue Economyâ accessible dĂšs 100kâŹ
Blue Ocean I & II (SWEN Capital Partners)
Impact Ocean Capital (GO Capital)
Ces fonds restent souvent réservés aux institutionnels, mais la démocratisation arrive. à surveiller.
Une nouvelle âfonciĂšreâ ocĂ©anique
Mer de liens, dont le modĂšle rĂ©plique celui de Terre de liens pour lâagriculture. Ici les Ă©pargnant finance lâachat de bateaux de pĂȘches pour la nouvelle gĂ©nĂ©ration de marins.
Et bien sûr soutenir les ONG engagées sur le sujet.
En bref
LâocĂ©an nâest pas quâune victime du climat. Câest potentiellement un alliĂ© de poids â Ă condition de le traiter correctement.
La pĂȘchĂ©cologie propose un deal simple : restaurer les Ă©cosystĂšmes marins pour quâils jouent leur rĂŽle de pompe Ă carbone, tout en pĂȘchant mieux et en crĂ©ant plus dâemplois.
Ce nâest pas de lâutopie. VoilĂ pour cette plongĂ©e dans les profondeurs.
Dis-moi ce que tu en as pensĂ© juste en dessous đ
On se retrouve dans deux semaines pour une nouvelle édition.
PS : Toutes les éditions précédentes sont dispos ici.
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GaĂ«l đł
â ïž Et pour finir : Je voudrais te rappeler quâici tu ne trouveras pas de conseils dâinvestissement ni de recommandations personnalisĂ©es. Ces informations sont impersonnelles, uniquement Ă but informatif et pĂ©dagogique et ne sont pas adaptĂ©es aux besoins dâinvestissement dâune personne spĂ©cifique.Tu dois aussi garder en tĂȘte quâinvestir dans des actifs cotĂ©s ou non cotĂ©s comporte un risque de perte partielle ou totale des montants investis ainsi quâun risque dâilliquiditĂ©.Et enfin, le traitement fiscal dâun investissement dĂ©pend de la situation individuelle de chacun. Souviens-toi que les performances passĂ©es ne prĂ©jugent pas des performances futures.

