Ăpinard đł#75 - Du champ Ă lâassiette : oĂč ton argent peut vraiment peser ?
Spoiler : ce nâest pas (que) dans ton panier bio.
Hello đł
Imaginons que tu veuilles financer la transition alimentaire.
Tu pourrais acheter bio. Aller au marché. Prendre un panier AMAP.
Câest bien. Câest mĂȘme nĂ©cessaire.
Mais si je te disais que le levier nâest pas que dans ton caddie ?
Que pendant que tu compares les tomates, un agriculteur de 58 ans cherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment un repreneur, ou quâune lĂ©gumerie qui pourrait alimenter 50 cantines scolaires reste Ă lâĂ©tat de projet PowerPoint ?
Le problĂšme de la transition alimentaire, ce nâest pas le manque dâidĂ©es. Câest le manque dâargent. Enfin, le manque dâargent au bon endroit.
Dans cette Ă©dition, on remonte toute la chaĂźne â du champ Ă lâassiette â pour voir oĂč ton blĂ© peut faire germer de beaux projets.
Mais avant de commencer, 3 informations importantes :
Merci Ă celles-ceux qui Ă©taient prĂ©sent-es jeudi soir, ça mâa fait plaisir de vous croiser đđ
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Gaël
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Il y a un truc quâon ne dit jamais assez : la transition alimentaire ne manque pas dâidĂ©es, elle manque dâinvestissements. Partout en France, des producteurs veulent changer leurs pratiques, des collectivitĂ©s veulent relocaliser les filiĂšres, des citoyens veulent mieux manger⊠mais les financements nâarrivent pas au bon endroit.
Le paradoxe est douloureux. Les consommateurs nâont jamais Ă©tĂ© aussi exigeants, mais les filiĂšres nâont jamais Ă©tĂ© aussi fragiles. Les ateliers ont fermĂ©, les marges ont Ă©tĂ© siphonnĂ©es par lâaval, les agriculteurs partent Ă la retraite sans repreneur, et les projets les plus ambitieux restent bloquĂ©s faute de capital initial.
Alors aujourdâhui, jâai voulu cartographier toute la chaĂźne alimentaire française, du foncier aux dĂ©chets, pour rĂ©pondre Ă une question simple : oĂč ton argent peut-il rĂ©ellement transformer le systĂšme ?
Le foncier : la racine cachée de toute transition
Chaque fois quâon parle agriculture, on saute directement aux pratiques : bio, local, agroĂ©cologieâŠ
Mais on oublie toujours la base : la terre. Qui la possĂšde. Qui peut sây installer. Qui peut en vivre.
La rĂ©alitĂ© est brutale : lâagriculture française vieillit Ă vue dâĆil. En dix ans (2011-2021), la part des hommes exploitants de plus de 55 ans est passĂ©e de 25 % Ă 36 %. Chez les femmes, câest encore plus flagrant : prĂšs dâune sur deux a dĂ©jĂ dĂ©passĂ© les 55 ans.
Et le plus inquiĂ©tant arrive maintenant : en 2021, sur les 117 770 agriculteurs de plus de 57 ans, un tiers nâavait aucun repreneur en vue.
Autrement dit, un agriculteur sur deux part Ă la retraite dans les dix ans⊠et la relĂšve nâest pas encore assurĂ©e.
Pendant ce temps, le prix du foncier grimpe plus vite que les revenus agricoles, les terres partent Ă lâagrandissement, et les jeunes qui voudraient sâinstaller nâont tout simplement plus les moyens dâacheter.
Câest lĂ que tu rĂ©alises quelque chose de vertigineux : aucune transition du modĂšle agricole nâest possible si les bonnes personnes nâont pas accĂšs aux bonnes terres.
En France, des acteurs comme FEVE, Terre de Liens ou Terrafine financent du foncier pour des agriculteurs-rices ayant des pratiques en agroécologie.
Câest discret, lent, peu spectaculaire⊠mais profondĂ©ment transformant.
La production : financer ce qui régénÚre vraiment
Quand tu discutes avec des agriculteurs, beaucoup te disent la mĂȘme chose : âOn voudrait changer, mais on nâa pas les moyens.â
Et câest confirmĂ© par une Ă©tude du Shift Project auprĂšs de 7700 agriculteur-ices :
+80% sont inquiets de la viabilité de leur ferme
Seuls 7% ne veulent pas sâengager dans la transition
87% posent une condition Ă©conomique pour sâengager ou accĂ©lerer la transition.
Le matériel coûte une fortune. Les intrants explosent. Les aléas climatiques réduisent les marges. Les banques hésitent à financer des systÚmes moins productivistes.
Et pourtant, câest dans les champs que commence la bascule : les couverts vĂ©gĂ©taux qui protĂšgent les sols, la polyculture-Ă©levage qui rĂ©duit les dĂ©pendances, lâĂ©levage extensif, les rotations longues, la rĂ©duction des intrants.
En France, des centaines de fermes accompagnĂ©es par Fermes dâAvenir montrent que ces changements sont possibles⊠à condition dâĂȘtre financĂ©s.
Parfois, il manque simplement quelques milliers dâeuros pour acheter un semoir adaptĂ© ou pour planter des haies.
Parfois, câest deux ans de trĂ©sorerie pour tenir le temps de la conversion.
Aider un agriculteur Ă se transformer, câest souvent le meilleur ratio âimpact par euro investiâ que tu puisses trouver.
Dâailleurs, les produits des marques de Beyond Green (Pour Demain, Transitions, Vivants) aident les agriculteurs Ă passer ce cap.
La transformation : le grand maillon oublié de la transition
VoilĂ le point critique que personne ne veut regarder : mĂȘme si la production change, rien ne bouge tant que la transformation ne suit pas.
En trente ans, la France a perdu des milliers dâateliers de transformation locaux. Les abattoirs se sont concentrĂ©s entre quelques gĂ©ants, les moulins indĂ©pendants ont fermĂ©, les lĂ©gumeries territoriales ne se comptent plus que sur les doigts dâune main. RĂ©sultat : mĂȘme quand les producteurs font mieux, la chaĂźne aval nâest pas toujours capable de valoriser cette qualitĂ©.
Aujourdâhui, des micro-laiteries, des ateliers de dĂ©coupe, des moulins ou des conserveries essaient dâĂ©merger un peu partout sur le territoire.
Indépendamment les uns des autres, leur survie sera difficile dans un contexte économique toujours trÚs tendu.
Mais en appliquant une logique de réseau, avec un maillage local, ces entreprises peuvent changer la donne.
Ce sont des filiĂšres entiĂšres quâil faut rĂ©inventer pour valoriser la production.
Ici, la loi Egalim en imposant de servir au moins 50 % de « produits durables et de qualité », dont au moins 20 % de produits « bio » dans les restaurants collectifs a donné un coup de pouce à ces initiatives.
Un atelier de transformation en offrant des débouchés locaux peut faire basculer tout un territoire.
La logistique : la partie invisible qui coûte une blinde
Tu veux un test simple pour savoir si un systÚme alimentaire est résilient ?
Regarde sa logistique.
Le transport du frais coĂ»te cher, le stockage demande du froid, la mutualisation est rare, et la plupart des circuits courts reposent encore sur la camionnette du producteur qui fait lui-mĂȘme la tournĂ©e.
Et justement, la logistique reprĂ©sente 20 Ă 40% du chiffre dâaffaires des producteurs en circuits courts, contre un objectif optimal de 10%.
Parce quâaujourdâhui le systĂšme logistique de lâagroalimentaire est basĂ© sur le modĂšle dâaprĂšs guerre reposant sur des chaĂźnes longues gĂ©rĂ©es pour les grandes centrales dâachat.
Alors quand une région crée un hub logistique, ou quand des producteurs se mettent en commun pour construire un magasin de producteur ou investir dans une flotte électrique pour livrer les cantines, tout change : les volumes augmentent, les distances diminuent, les marges remontent, et les producteurs respirent enfin.
On ne parle pas assez de ça : un bon systÚme logistique peut sauver une filiÚre entiÚre. Un mauvais peut la tuer.
Lâanti-gaspi et la valorisation : lâor cachĂ© de la transition
On oublie souvent que 30 % de la nourriture est perdue avant mĂȘme dâarriver dans lâassiette.
Et dans un monde qui chauffe, chaque kilo gaspillé est une absurdité énergétique.
En France, des acteurs comme Too Good too go, Les Alchimistes ou encore Upcycle montrent quâil existe des modĂšles Ă©conomiques viables pour transformer les excĂ©dents, revaloriser les biodĂ©chets ou crĂ©er des filiĂšres circulaires.
Quand un territoire met en place de la fermentation, de la bioconversion ou du compostage avancĂ©, il rĂ©duit ses dĂ©chets, son carbone, et amĂ©liore sa fertilitĂ© en mĂȘme temps. Câest une triple victoire.
Lire la chaĂźne alimentaire comme un portefeuille
Le plus important Ă retenir, câest que tous les maillons ne se valent pas.
Si tu veux maximiser ton impact, tu dois regarder lâamont : le foncier, la transformation et la logistique. Câest lĂ que ton argent a lâeffet multiplicateur le plus fort, car câest lĂ que tout sâamorce.
Financer une ferme, un atelier ou un hub logistique, ce nâest pas un acte isolĂ© :
Un hectare mieux gĂ©rĂ©, câest des sols plus vivants.
Un atelier relocalisĂ©, câest des revenus retenus dans le territoire.
Un hub mutualisĂ©, câest des circuits courts qui tiennent dans la durĂ©e.
ConcrĂštement, oĂč investir ?
Jâai dĂ©jĂ citĂ© plus haut les fonciĂšres, quelques marques et des structures qui oeuvrent sur ces sujets.
Si tu peux mettre plus 100 000 euros, des fonds spĂ©cialisĂ©s dans lâagroĂ©cologie, lâalimentation durable ou les infrastructures rurales existent dĂ©sormais.
Ils ont justement pour objectif de crĂ©er les bases de nos chaines alimentaires du futur, en agissant sur lâensemble des maillons.
Câest le cas notamment de SWEN Terra ou encore de FoodBiome.
Conclusion â Une chaĂźne alimentaire est dâabord une chaĂźne de financement
On a souvent lâimpression que changer son alimentation suffit Ă changer le systĂšme.
Câest vrai mais on peut aller encore plus loin et plus vite avec son Ă©pargne.
Chaque euro investi en amont â dans le foncier, les fermes, la transformation ou la logistique â gĂ©nĂšre des effets qui se diffusent dans des milliers dâassiettes pendant des dĂ©cennies.
On se retrouve dans deux semaines pour une prochaine édition.
PS 1: Si tu souhaites ĂȘtre accompagnĂ©(e) dans tes investissements, rĂ©serve une consultation ici
PS 2 : Toutes les éditions précédentes sont dispos ici.
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GaĂ«l đł
â ïž Et pour finir : Je voudrais te rappeler quâici tu ne trouveras pas de conseils dâinvestissement ni de recommandations personnalisĂ©es. Ces informations sont impersonnelles, uniquement Ă but informatif et pĂ©dagogique et ne sont pas adaptĂ©es aux besoins dâinvestissement dâune personne spĂ©cifique.Tu dois aussi garder en tĂȘte quâinvestir dans des actifs cotĂ©s ou non cotĂ©s comporte un risque de perte partielle ou totale des montants investis ainsi quâun risque dâilliquiditĂ©.Et enfin, le traitement fiscal dâun investissement dĂ©pend de la situation individuelle de chacun. Souviens-toi que les performances passĂ©es ne prĂ©jugent pas des performances futures.

