Ăpinard đł# 72 - planter des arbres pour sauver nos champs ?
Agroforesterie, l'arbre qui cache le champ
Hello đł
Les sols français se dégradent.
Et si une solution venait⊠des haies ?
Imagine : dâun cĂŽtĂ©, des champs nus Ă perte de vue, grillĂ©s par le soleil lâĂ©tĂ©, noyĂ©s sous la flotte lâhiver. De lâautre, les paysages bocagers, ces dentelles vĂ©gĂ©tales pleines dâoiseaux, de lombrics et de fraĂźcheur.
Pourquoi a-t-on arraché 1,4 million de kilomÚtres de haies depuis les années 50 ? Et surtout : pourquoi commence-t-on enfin à en replanter ?
Spoiler : les arbres pourraient bien redevenir des piĂšces maĂźtresses dâune agriculture plus fertile, plus rĂ©siliente, et moins carbonĂ©e. Et ton Ă©pargne peut accĂ©lĂ©rer ce virage.
En parlant dâarbres, le replay du webinar sur lâinvestissement en forĂȘts est maintenant dispo juste ici.
Allez on y va ?
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đł Des sols Ă©puisĂ©s, devenus vulnĂ©rables
Cet été, une nouvelle étude de Genesis annonçait que 52% des sols français étaient dégradés.
Et pour les terres agricoles, ce nâest pas un bug : câest une consĂ©quence directe de lâagriculture industrielle dâaprĂšs-guerre.
En cause ? Une volonté de sortir du modÚle paysan avec :
Le remembrement : fusion des petites parcelles pour les rendre plus « rentables ». Objectif ? AccĂ©lĂ©rer la production, rĂ©duire les temps de passage des machines, et sortir de lâagriculture de subsistance.
La mĂ©canisation : dans les annĂ©es 60â70, câest le boom du tracteur, de la moissonneuse-batteuse, de la rationalisation Ă tout crin. Et les arbres ? Trop gĂȘnants pour les manĆuvres.
La PAC (Politique Agricole Commune) des annĂ©es 60â80 : elle subventionne la quantitĂ© produite, pas la qualitĂ© Ă©cologique. RĂ©sultat : aucune incitation Ă garder les haies. Au contraire, certaines primes Ă©taient conditionnĂ©es Ă leur arrachage. Lâarbre est devenu lâennemi productiviste.
đ Ce modĂšle a rempli sa mission : en 30 ans, lâEurope a sorti sa population de la faim, massifiĂ© sa production agricole, et industrialisĂ© ses campagnes.
Mais aujourdâhui, ce modĂšle ne rĂ©pond plus aux enjeux du siĂšcle :
Changement climatique
Dépendance massive aux intrants (eau, pétrole, azote)
Dégradation des sols
Appauvrissement de la biodiversité
Ce systÚme, optimisé pour la performance brute, fragilise la résilience agricole.
Conséquences bien visibles :
les sols sâĂ©rodent
la fertilité chute
les riviĂšres se chargent de boues
la biodiversitĂ© dĂ©serte (â30 % dâoiseaux des champs depuis 1989)
Lâarbre, longtemps perçu comme un frein Ă la productivitĂ©, retrouve aujourdâhui sa juste place : celle dâun alliĂ© stratĂ©gique pour reconstruire des Ă©cosystĂšmes fertiles et rĂ©silients.
đČ La solution : lâarbre agricole, pas dĂ©coratif
Lâagroforesterie, câest lâart dâassocier arbres et cultures ou Ă©levages sur une mĂȘme parcelle.
Pas un retour en arriĂšre, mais un retour au bon sens. Avec 3 grandes approches, chacune avec ses forces :
đŸ Intra-parcellaire
Ce type dâagroforesterie consiste Ă planter des arbres directement au sein des parcelles cultivĂ©es, en ligne ou en Ăźlots. Ces arbres crĂ©ent des microclimats bĂ©nĂ©fiques, favorisent une meilleure rĂ©tention dâeau dans les sols et permettent aux cultures de bĂ©nĂ©ficier de nutriments puisĂ©s en profondeur.
đł BocagĂšre
Lâapproche bocagĂšre repose sur lâimplantation de haies en bordure des champs, comme dans les anciens bocages. Ces haies font office de brise-vent, limitent lâĂ©rosion des sols, servent dâhabitat Ă de nombreuses espĂšces et peuvent aussi fournir du bois-Ă©nergie.
đ Sylvopastorale
Ici, les animaux pĂąturent sous les arbres dans des vergers ou des zones forestiĂšres claires. Ce systĂšme procure de lâombrage et du confort thermique au bĂ©tail, tout en apportant un complĂ©ment de fourrage et en favorisant le bien-ĂȘtre animal.
đČ Ce quâon y gagne !
Lâagroforesterie, câest un peu lâart de remettre de lâintelligence dans les champs. IntĂ©grer des arbres, arbustes et haies dans les systĂšmes agricoles, ce nâest pas du folklore : câest une rĂ©ponse ultra-efficace face Ă un climat qui sâemballe et des sols qui sâĂ©puisent. Dâabord, lâarbre agit comme un climatiseur naturel â en Ă©tĂ©, il peut faire baisser la tempĂ©rature de 5 °C, et en hiver, il protĂšge du gel.
Moins de stress thermique = moins de pertes. Son ombre limite les besoins en irrigation, et ses racines profondes remontent lâhumiditĂ© vers la surface. RĂ©sultat : un meilleur bilan hydrique sur toute la parcelle.
Mais ce nâest que le dĂ©but. Chaque automne, les feuilles mortes nourrissent le sol. Chaque annĂ©e, prĂšs de 40 % de la biomasse racinaire des arbres retourne Ă la terre. Cette matiĂšre organique nourrit vers de terre, champignons, bactĂ©riesâŠ
Bref, tout ce qui fait vivre un sol en bonne santĂ©. Et ce sol, plus riche et plus structurĂ©, stocke du carbone, retient mieux lâeau, et offre aux plantes des nutriments naturels.
Sur le terrain, ça se traduit par des rendements plus stables, mĂȘme en conditions extrĂȘmes. Moins dâintrants chimiques. Moins dâĂ©rosion. Et une adaptation possible Ă quasiment toutes les productions : cĂ©rĂ©ales, lĂ©gumes, vignes, Ă©levages⊠Lâagroforesterie, câest du sur-mesure.
CĂŽtĂ© environnement, câest jackpot. Les racines filtrent les pollutions avant quâelles nâatteignent les riviĂšres. Les bandes boisĂ©es en bord de champ (ripisylves) rĂ©duisent les coĂ»ts de traitement de lâeau en aval. Et chaque hectare stocke entre 1,5 et 4 tonnes de COâ par an, dans le sol comme dans le bois.
Sans compter la biodiversitĂ© que lâarbre ramĂšne : mycorhizes, abeilles, oiseaux, petits mammifĂšres⊠et un gros coup de pouce aux pollinisateurs, indispensables Ă 84 % des plantes cultivĂ©es en Europe.
Et lâaspect Ă©conomique dans tout ça ? Il est loin dâĂȘtre nĂ©gligeable. Lâarbre diversifie les revenus : bois de chauffage, broyat, bois dâĆuvre, fruits, miel⊠à vendre ou Ă consommer Ă la ferme.
Oui, planter des haies coĂ»te de lâargent. Mais entre les gains agronomiques, les Ă©conomies dâintrants, les financements publics et les crĂ©dits carbone, lâĂ©quation est souvent positive.
Seul bĂ©mol : on ne plante pas nâimporte quoi, nâimporte oĂč. Lâagroforesterie, ça se pense. Il faut choisir les bonnes essences, rĂ©flĂ©chir Ă la topographie, anticiper les interactions avec les cultures. Bref, se faire accompagner. Heureusement, des techniciens spĂ©cialisĂ©s existent, et de plus en plus de formations sont accessibles.
Sans parler des aides, publiques comme privées, qui se multiplient pour financer ces projets.
đ° Zoom investissement responsable : oĂč mettre ses Ă©pinards ?
Voici des pistes concrĂštes :
đŸ FonciĂšres agricoles
Des fonciĂšres agricoles comme Fermes en vie & Terre de Liens te permettent de devenir copropriĂ©taire de terres agricoles bio, pour quelques centaines dâeuros Ă peine.
Le modĂšle est simple : acheter des fermes grĂące Ă lâargent collectĂ© auprĂšs de citoyen-nes et les mettre Ă disposition des agriculteurs via un bail rural Ă©vitant ainsi aux paysan-nes de sâendetter pour acquĂ©rir leurs terres. Les agriculteurs qui sâinstallent sâengagent Ă respecter une charte agroĂ©cologique ambitieuse incluant lâagriculture biologique, le travail minimal du sol et les modĂšles de polyculture-Ă©levage.
Certaines fermes ont dĂ©jĂ mis en place de lâagroforesteri, bien sĂ»r.
đ€ Financement participatif & private equity
CÎté financement participatif, deux plateformes se détachent : Miimosa & Blue Bees.
Elles mettent directement en relation les citoyens à des projets agricoles à taille humaine : haies à replanter, vergers à lancer, sols à régénérer.
CĂŽtĂ© Private Equity, quelques fonds existent Ă lâimage de Swen Terra, centrĂ©s sur lâagriculture rĂ©gĂ©nĂ©ratrice dont lâagroforesterie fait partie.
đ± Mecenat & Dons
Plusieurs projets centrĂ©s sur lâagroforesterie cherchent Ă©galement Ă se financer auprĂšs dâentreprises, de fonds de dotation ou de fondation :
Fermes dâavenir : Fermes dâAvenir accompagne techniquement et finance des projets agroforestiers depuis 2020, aidant agriculteurs, entreprises et collectivitĂ©s Ă remettre lâarbre au cĆur de leurs modĂšles en dĂ©finissant le bon design adaptĂ© au projet, en choisissant les bonnes essences et en assurant le suivi des plantations pour quâelles rendent les services Ă©cosystĂ©miques attendus.
Les Planteurs (Planteurs Volontaires) : Lâassociation Les Planteurs Volontaires, créée en 2013 dans les Hauts-de-France, organise des plantations participatives et citoyennes de haies et dâarbres sur des parcelles agricoles Ă la demande dâagriculteurs, avec un taux de reprise exceptionnel de 98% grĂące Ă lâutilisation de plants locaux labellisĂ©s âVĂ©gĂ©tal localâ et un accompagnement technique rigoureux. Adaptation to Climate ChangePlanteurs-volontaires
Fonds AFTER (Agroforesterie et Territoires) : Le Fonds AFTER, lancĂ© en 2020 par lâAssociation Française dâAgroforesterie et soutenu par de nombreuses fondations et entreprises mĂ©cĂšnes, accompagne chaque annĂ©e plusieurs centaines dâagriculteurs dans le financement de leurs plantations agroforestiĂšres en prenant en charge lâaccompagnement technique et lâachat de fournitures (plants, protections, paillage), avec plus de 350 agriculteurs dĂ©jĂ soutenus dans toutes les rĂ©gions de France.
Conclusion : remettre lâarbre au centre du champ
Lâagroforesterie, câest le retour du bon sens paysan, boostĂ© par la science.
Câest une solution simple, accessible, multifonction⊠et pourtant largement sous-financĂ©e.
Des arbres partout quâon vous dit !
On se retrouve dans deux semaines pour une prochaine édition.
PS 1: Si tu souhaites ĂȘtre accompagnĂ©(e) dans tes investissements, rĂ©serve une consultation ici
PS 2 : Toutes les éditions précédentes sont dispos ici.
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GaĂ«l đł
â ïž Et pour finir : Je voudrais te rappeler quâici tu ne trouveras pas de conseils dâinvestissement ni de recommandations personnalisĂ©es. Ces informations sont impersonnelles, uniquement Ă but informatif et pĂ©dagogique et ne sont pas adaptĂ©es aux besoins dâinvestissement dâune personne spĂ©cifique.Tu dois aussi garder en tĂȘte quâinvestir dans des actifs cotĂ©s ou non cotĂ©s comporte un risque de perte partielle ou totale des montants investis ainsi quâun risque dâilliquiditĂ©.Et enfin, le traitement fiscal dâun investissement dĂ©pend de la situation individuelle de chacun. Souviens-toi que les performances passĂ©es ne prĂ©jugent pas des performances futures.


