Ăpinard đł#69 - La chimie verte, c'est possible
Mets ta blouse, on part en TP âïž
Hello đł,
Câest la rentrĂ©e scolaire !
Et du cĂŽtĂ© de La CrĂšmerie, on vous a mijotĂ© une petite surprise Ă mettre dans votre cartable ! Je vous fais un teasing en bonne et due forme dĂšs que je peux ! đ
En attendant, jâespĂšre que tu as passĂ© un bon Ă©tĂ© et rechargĂ© les batteries !
Oui câest une blague sur le sujet du jour : La Chimie
La chimie est partout dans nos vies, mais elle traĂźne une sale rĂ©putation : pollutions, plastiques, pesticides, COââŠ
Pourtant, sans chimie, pas de mĂ©dicaments, pas de batteries, pas dâĂ©oliennes.
La question nâest pas de sâen passer, mais de la rendre compatible avec les limites planĂ©taires.
Câest exactement le pari de la chimie verte.
Allons-y,
Gaël
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1ïžâŁ Avant : les enjeux de la chimie classique et sa chaĂźne de valeur
La chimie dite "classique" est Ă la base de l'industrie moderne, mais elle porte un lourd passif environnemental : elle est responsable d'environ 5 Ă 7 % des Ă©missions mondiales de COâ, consomme massivement des Ă©nergies fossiles et rejette des millions de tonnes de dĂ©chets et effluents chaque annĂ©e.
L'industrie chimique produit plus de 460 millions de tonnes de plastiques par an, dont moins de 10 % sont recyclés, et elle recourt encore largement à des solvants toxiques qui se retrouvent dans l'air, l'eau ou les sols.
Pour comprendre son poids, il faut voir comment elle sâorganise :
la chimie de base transforme pĂ©trole, gaz et charbon en briques Ă©lĂ©mentaires comme le mĂ©thanol ou lâammoniac ;
la chimie des intermédiaires les convertit en composés plus complexes comme des solvants ou des résines ; enfin,
la chimie de spécialité fabrique les produits visibles au quotidien, des engrais aux peintures en passant par les principes actifs pharmaceutiques.
Lâempreinte Ă©cologique se concentre en amont, mais toute la chaĂźne en hĂ©rite, et les industries clientes â de lâagroalimentaire Ă lâaĂ©ronautique â se retrouvent dĂ©pendantes de cette lourde dĂ©pendance aux fossiles et de ses Ă©missions.
Câest prĂ©cisĂ©ment pour rĂ©pondre Ă ces limites quâest nĂ©e la chimie verte.
2ïžâŁ Les grands principes de la chimie verte
La chimie verte a été conceptualisée dans les années 1990 par deux chercheurs américains, Paul Anastas et John Warner, qui ont posé les 12 principes fondateurs.
LâidĂ©e nâĂ©tait pas seulement de ârĂ©parerâ les dĂ©gĂąts de la chimie, mais de concevoir diffĂ©remment dĂšs le dĂ©part, en intĂ©grant la sobriĂ©tĂ© Ă©nergĂ©tique, la sĂ©curitĂ© sanitaire et la circularitĂ© des matiĂšres.
Les 12 principes peuvent sembler abstraits, mais on peut les résumer en quatre grandes logiques :
Moins de déchets : on privilégie des réactions qui produisent directement la molécule finale, sans sous-produits inutiles.
Moins de toxicitĂ© : remplacer les solvants dangereux (benzĂšne, toluĂšne, acĂ©tone) par des alternatives sĂ»res comme lâeau ou le COâ supercritique, utilisĂ© pour dĂ©cafĂ©iner le cafĂ© ou extraire des huiles vĂ©gĂ©tales.
Moins dâĂ©nergie : prĂ©fĂ©rer des rĂ©actions Ă tempĂ©rature et pression ambiantes. Les catalyseurs â enzymes, mĂ©taux ou solides poreux â permettent dâaccĂ©lĂ©rer les rĂ©actions en consommant beaucoup moins dâĂ©nergie.
Plus de circularité : concevoir des produits biodégradables en fin de vie, ou issus directement de ressources renouvelables (bois, algues, déchets agricoles, huiles usagées).
On pourrait presque dire que la chimie verte, câest le âdesign circulaire appliquĂ© aux molĂ©culesâ. LĂ oĂč la chimie traditionnelle pensait efficacitĂ© industrielle et Ă©conomique dâabord, dĂ©pollution ensuite, la chimie verte pense Ă©coconception et circularitĂ©.
Cette logique change tout : on ne cherche pas seulement Ă âdĂ©polluer la sortie de lâusineâ, mais Ă Ă©viter que la pollution existe.
3ïžâŁ Les applications
La chimie verte commence Ă transformer lâindustrie et les secteurs dâactivitĂ©s qui en ont besoin. Tour dâhorizon
Ănergie
Le problĂšme aujourdâhui : nos batteries dĂ©pendent de mĂ©taux rares et de procĂ©dĂ©s dangereux.
La promesse de la chimie verte, câest de concevoir des solutions moins gourmandes en ressources critiques, avec des Ă©lectrolytes plus sĂ»rs ou des catalyseurs sans mĂ©taux prĂ©cieux.
Le défi ? Passer du prototype au déploiement industriel, tout en restant compétitif face à la filiÚre classique déjà bien installée.
On le voit par exemple avec les efforts autour du recyclage des batteries : le fabricant europĂ©en Northvolt a ouvert une gigaâusine en SuĂšde avec lâambition de rĂ©cupĂ©rer jusquâĂ 95 % des mĂ©taux prĂ©sents dans les batteries usagĂ©es (nickel, cobalt, lithium). Leur procĂ©dĂ©, qui combine hydromĂ©tallurgie et innovations de chimie verte, montre quâil est possible de rĂ©duire drastiquement la dĂ©pendance aux extractions miniĂšres. Mais la mise en place de ces filiĂšres reste complexe : il faut collecter les batteries, sĂ©curiser lâapprovisionnement en dĂ©chets et financer des infrastructures lourdes avant de parvenir Ă une vĂ©ritable compĂ©titivitĂ© industrielle. Northvolt a dâailleurs fait faillite avant dâĂȘtre reprise par lâamĂ©ricain Lyten.
Plastiques et matériaux
Les plastiques conventionnels Ă©touffent les ocĂ©ans et sâaccumulent dans les sols, car ils sont conçus pour durer mais pas pour se recycler.
La chimie verte rĂ©invente la matiĂšre. Elle conçoit des plastiques capables de se dĂ©faire pour redevenir une matiĂšre premiĂšre rĂ©utilisable, ainsi que des composites biosourcĂ©s issus dâalgues ou de sucres.
Le dĂ©fi pour cette industrie consiste Ă produire ces alternatives Ă grande Ă©chelle sans que les prix sâenvolent et Ă dĂ©montrer quâelles peuvent rivaliser en performance et en coĂ»t avec les plastiques issus du pĂ©trole.
Sinon, rien ne vaut un bon emballage rĂ©utilisable đ
Agriculture
Engrais azotĂ©s et pesticides de synthĂšse ont boostĂ© les rendements⊠mais au prix de la pollution de lâeau et de la dĂ©gradation des sols.
La chimie verte propose des alternatives issues du vivant : elle transforme par exemple les dĂ©chets organiques en fertilisants et met au point des biopesticides biodĂ©gradables, comme les insecticides Ă base de phĂ©romones qui perturbent le cycle de reproduction des ravageurs sans polluer les sols ni lâeau.
Pourtant, le manque de subventions et de politiques incitatives nâencourage pas les agriculteurs Ă changer leurs pratiques. La transition reste donc lente, car elle suppose de conjuguer efficacitĂ© technique, sĂ©curitĂ© alimentaire et viabilitĂ© Ă©conomique.
Santé & pharma
Les médicaments nous soignent, mais leurs procédés de fabrication sont énergivores et laissent derriÚre eux des résidus toxiques.
Une Ă©tude de 2018 rĂ©vĂšle que 258 riviĂšres de104 pays sur les 5 continents Ă©taient contaminĂ©es par des rĂ©sidus mĂ©dicamenteuxâŠ
Pour y palier, les recherches se concentrent sur des molĂ©cules spĂ©cialement conçues pour se dĂ©grader aprĂšs usage. Ces molĂ©cules se fragmentent ou sâhydrolysent en composĂ©s simples comme lâeau, le COâ ou des rĂ©sidus organiques inoffensifs, au lieu de persister dans lâenvironnement. Cette capacitĂ© de dĂ©gradation rĂ©duit lâaccumulation de substances actives dans les riviĂšres et les sols, et limite les risques pour la biodiversitĂ© comme pour notre santĂ©.
Textile & cosmétique
DerriĂšre la couleur dâun jean ou lâĂ©clat dâun rouge Ă lĂšvres, on trouve souvent des pigments et solvants lourds Ă lâempreinte environnementale Ă©levĂ©e.
La chimie verte cherche à remplacer ces composants par des alternatives végétales, fermentées ou biodégradables.
Câest lâexemple dâEverDye, jeune startup française qui grĂące Ă des pigments naturels issus de rĂ©sidus vĂ©gĂ©taux et de minĂ©raux permet des teintures Ă tempĂ©rature ambiante, jusquâĂ 5 fois plus rapides, et nĂ©cessitant jusquâĂ 10 fois moins dâĂ©nergie. Le tout en Ă©liminant les produits pĂ©trochimiques et sans nĂ©cessiter de nouveaux investissements matĂ©riels.
đ Chaque secteur a son plan B mais le prix reste le facteur limitant ici.
La chimie fossile, subventionnée et bien installée, reste moins chÚre à court terme.
La bascule dépendra de la réglementation (taxe carbone, interdictions), des financements publics et de la demande des consommateurs.
Lâindustrie de la chimie est par ailleurs soumise au systĂšme de quotas dâĂ©missions carbone europĂ©en (EU ETS), ce qui ajoute une pression financiĂšre croissante pour rĂ©duire son empreinte climatique.
4ïžâŁOpportunitĂ©s du secteur
Investir dans la chimie verte, câest miser sur une transition lente mais massive : les gĂ©ants industriels avancent lourdement, tandis quâune myriade de startups ouvrent la voie.
Avant de regarder une entreprise de la chimie verte, il faut savoir quels indicateurs observer, pour ça Carbone 4 Finance nous en propose quelques-uns :
la part du scope 3 amont lié aux matiÚres premiÚres (souvent le plus gros poste carbone)
la capacitĂ© de lâentreprise Ă se projeter dans une Ă©conomie basâcarbone (par exemple la baisse anticipĂ©e des engrais ou plastiques)
la part du Capex réellement consacrée à la décarbonation
la mesure des émissions par produit à travers des analyses de cycle de vie.
Ces Ă©lĂ©ments permettent de distinguer une entreprise qui se contente de communiquer de celle qui sâengage vraiment dans la transition.
Ils donnent dâailleurs quelques noms dâentreprises bien classĂ©es ici (donnĂ©es de 2022).
Et concrĂštement, on va retrouver :
Des entreprises cĂŽtĂ©es : des grands groupes et des mid-caps qui pivotent vers des matĂ©riaux biosourcĂ©s, le recyclage enzymatique, ou encore la production de biopolymĂšres et dâenzymes industrielles. Elles sont pour la plupart en âtransition vers la chimie verteâ. On peut citer Croda ou Givaudan trĂšs prĂ©sentes dans les fonds Greenfin ou encore Carbios pour les mid-caps.
Des start-ups qui innovent dans des domaines comme les Ă©lectrolytes pour batteries, les bioplastiques ou les molĂ©cules issues de fermentation : des pistes plus risquĂ©es mais potentiellement trĂšs rĂ©munĂ©ratrices si elles passent Ă lâĂ©chelle industrielle. On peut y investir via les plateformes de financement participatif (exemple : Earth Wake), les club deals ou des fonds de private equity.
En revanche pas vraiment de fonds actions centrĂ© sur cette thĂ©matique. On va retrouver les grands noms du secteur dans les fonds âĂ©conomie circulaireâ mais avec dâautres secteurs dâactivitĂ© (gestion des dĂ©chets, eau etc).
Clairement, ce nâest pas le secteur le plus facile Ă aborder pour un-e investisseur-se responsable, avec la concentration autour de quelques grands groupes, et des projets de start-up intrinsĂšquement trĂšs risquĂ©s.
Conclusion
La chimie, cette brique de base de notre industrie et donc de notre société doit se sevrer de sa dépendance aux énergies fossiles.
Si lâon constate bien lâĂ©mergence de nouveaux modĂšles et de nouveaux produits plus cohĂ©rents sur le plan environnemental. La taille et lâomniprĂ©sence de ce secteur en font un âmammouthâ difficile Ă mettre en mouvement.
Surtout sans incitation économique.
Prendre des risques ne fait pas partie de lâADN de ces sociĂ©tĂ©s qui crĂ©ent des produits avec des procĂ©dĂ©s chimiques vieux de plusieurs dĂ©cennies.
Malheureusement, la transition est inĂ©vitable que ça soit pour des raisons climatiques ou par simple contrainte dâapprovisionnement en matiĂšre premiĂšre peu coĂ»teuse (pĂ©trole, gaz, charbon).
On se retrouve dans deux semaines pour une prochaine édition.
PS 1: Si tu souhaites ĂȘtre accompagnĂ©(e) dans tes investissements, rĂ©serve une consultation ici
PS 2 : Toutes les éditions précédentes sont dispos ici.
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GaĂ«l đł
â ïž Et pour finir : Je voudrais te rappeler quâici tu ne trouveras pas de conseils d'investissement ni de recommandations personnalisĂ©es. Ces informations sont impersonnelles, uniquement Ă but informatif et pĂ©dagogique et ne sont pas adaptĂ©es aux besoins d'investissement d'une personne spĂ©cifique.Tu dois aussi garder en tĂȘte quâinvestir dans des actifs cotĂ©s ou non cotĂ©s comporte un risque de perte partielle ou totale des montants investis ainsi qu'un risque d'illiquiditĂ©.Et enfin, le traitement fiscal dâun investissement dĂ©pend de la situation individuelle de chacun. Souviens-toi que les performances passĂ©es ne prĂ©jugent pas des performances futures.

