Ăpinard đł#52 - Biocarburants, l'envol ? đ«
La dĂ©carbonation de lâaviation sans paroles en lâair.
Hello đł
La grisaille vous mine le moral, les collĂšgues sâenrhument les uns aprĂšs les autres, tout le monde parle des Ă©lections US et vous ne rĂȘvez que dâune chose : de soleil et de sable fin.
Vous ĂȘtes Ă deux doigts de rĂ©server le premier vol pour Bali avant dâĂȘtre pris de flygskam : la honte de prendre lâavion.
Mais avec le dĂ©veloppement des biocarburants, vous pourrez bientĂŽt dire au revoir Ă cette culpabilitĂ©. Enfin, câest ce que vous espĂ©rez.
Dans lâĂ©dition du jour, on va parler de la dĂ©carbonation de lâaviation : mirage ou rĂ©alitĂ© future ?
Accrochez votre ceinture, on risque de traverser une zone de turbulences.
2 PS aujourdâhui !
1er PS : On recrute avec La CrĂšmerieđ„: plusieurs offres de stages et une alternance Ă retrouver ici. Faites passer le mot, si vous connaissez quelquâun qui connaĂźt quelquâun đ
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Ok câest bon, on peut y aller !
Vamonos !
GaĂ«l đł
Prenons de la hauteur sur le secteur
Prendre lâavion, ça pollue. Beaucoup.
Et si lâon veut rester sous les 2 tonnes de CO2/personne vivement recommandĂ©es par lâaccord de Paris, il va falloir rĂ©flĂ©chir plus en profondeur Ă la place que prend lâavion dans nos vies.
Quand on sait que ce moyen de transport est utilisĂ© Ă 70 % pour le loisir ou voir sa famille et Ă 20% pour le travail, on se dit que cet usage rĂ©crĂ©atif peut largement ĂȘtre diminuĂ©.
Ă ce jour, les avions utilisent du kĂ©rosĂšne comme carburant, dĂ©rivĂ© dâĂ©nergies fossiles et donc trĂšs polluant. En moyenne, il Ă©met 3,01kg de CO2 par litre et 84% de ces Ă©missions surviennent lors de sa consommation (en vol, donc).
Je vous remets lĂ , cette super infographie de Bon Pote
Câest sans compter lâimpact sur :
la pollution de lâair
lâartificialisation des sols
la réduction de la biodiversité
la pollution sonore
Bref, parler de lâavion, câest froisser des plumes.
Mais avec lâĂ©mergence des biocarburants, la question se pose quant Ă la rĂ©duction des Ă©missions liĂ©es aux trajets en lâair.
âïžLes biocarburants : changement de cap ?
AppelĂ©s SAF en anglais (Sustainable Aviation Fuels) ou CAD en français (Carburants dâAviation Durables), les carburants durables pointent le bout de leur nez.
Aujourdâhui, je vais principalement vous parler des biocarburants qui font partie de ces CAD, tout comme les Ă©lectrocaburants que je mentionnerai seulement.
Les biocarburants nous intéressent tout particuliÚrement car, à premiÚre vue, ils semblent prometteurs.
Quâest-ce que câest exactement ?
Comme son nom lâindique, ce sont des carburants fabriquĂ©s Ă partir de matiĂšres organiques renouvelables (souvent des plantes ou des dĂ©chets organiques).
On retrouve deux catégories distinctes :
Les biocarburants de premiĂšre gĂ©nĂ©ration qui sont fabriquĂ©s Ă partir de cultures alimentaires comme la canne Ă sucre, le maĂŻs, le soja, la palme, les diffĂ©rentes graisses de cuisson ou huiles vĂ©gĂ©talesâŠ
Les biocarburants de deuxiÚme génération qui sont produits à partir de déchets agricoles, de résidus forestiers ou de déchets municipaux...
Pour les produire, il existe plusieurs maniĂšres de sây prendre - attention arrivĂ©e imminente dâun cours de chimie - :
Le procédé HEFA (Hydroprocessed Esters and Fatty Acids).
C'est actuellement la méthode la plus courante pour produire des biocarburants pour l'aviation.
Les matiĂšres premiĂšres incluent :
Huiles végétales comme l'huile de palme ou l'huile de soja
Huiles usagées comme l'huile de cuisson
Graisses animales telles que le suif
Les matiÚres grasses sont traitées par hydrogénation, une réaction chimique qui élimine les impuretés et transforme les esters et acides gras en hydrocarbures.
Ce procédé produit un carburant qui a des propriétés similaires au kérosÚne.
Le procédé ATJ (Alcohol to Jet)
Ce procédé transforme des alcools comme l'éthanol ou le butanol, produits à partir de biomasse, en carburant d'aviation grùce à leur déshydratation.
Ce sont souvent les sucres végétaux, qui viennent de la canne à sucre ou du maïs qui sont transformés.
Le procédé Fisher-Tropsch (FT)
Cette technique est utilisée pour transformer la biomasse lignocellulosique en carburant.
Il peut utiliser des :
Déchets agricoles comme les résidus de maïs
Bois et résidus forestiers
Déchets municipaux solides
Cette technique utilise la gazéification pour convertir la biomasse en gaz de synthÚse, via le procédé Fischer-Tropsch, qui est ensuite transformé en hydrocarbure liquide.
Ce processus permet de produire un carburant trĂšs pur, pouvant ĂȘtre mĂ©langĂ© au kĂ©rosĂšne.
Les biocarburants : encore au vol dâessai
Les SAF en sont encore Ă leurs dĂ©buts. MĂȘme si Airbus annonce que ses flottes aĂ©ronautiques peuvent voler avec 50% de SAF mĂ©langĂ© au kĂ©rosĂšne, ce nâest pas pour autant que les biocarburants sont majoritairement utilisĂ©s.
Loin de lĂ .
Quelques chiffres évocateurs :
En 2022 : 300 millions de litres de SAF ont été produits
En 2023 : la production sâest Ă©levĂ©e Ă 600 millions de litres
Oui, ce chiffre a doublĂ© et câest une bonne chose.
Mais cela reprĂ©sente seulement 0,2 % de lâensemble du carburant dâaviation de lâannĂ©e.
Pour autant, lâambition est grande et la France veut remplacer le kĂ©rosĂšne par :
2% de biocarburant en 2025
5 % de biocarburant en 2030
Et les vols qui partent des aĂ©roports europĂ©ens devront avoir 70% de SAF dâici 2050.
Les avantages et les inconvénients de ces biocarburants
Les avantages
Si le dĂ©ploiement des biocarburants est envisagĂ©, câest parce quâil comporte quelques avantages quand il sâagit de rĂ©duire lâimpact du secteur aĂ©ronautique.
PremiĂšrement, les Carburants dâAvion Durable Ă©mettent beaucoup moins de CO2 que le kĂ©rosĂšne.
LâADEME parle de 65% en moins.
Aussi, les carburants traditionnels libÚrent du carbone qui était stocké sous terre depuis longtemps tandis que les biocarburants utilisent du carbone qui fait déjà partie du cycle actuel du carbone dans l'environnement.
DeuxiÚmement, le développement de filiÚres locales.
Trouver des graisses de cuisson, des huiles vĂ©gĂ©tales ou de la biomasse organique peut se faire en France. Pas besoin dâaller exploiter du pĂ©trole dans des pays lointains oĂč se jouent des enjeux gĂ©opolitiques.
La France possĂšde plusieurs bioraffineries capables de transformer les biomasses vĂ©gĂ©tales en carburant utilisables dans lâaviation. La plus importante est celle de la MĂšde avec la production de 500 000 litres de carburant par an.
TroisiĂšmement, les infrastructures en place dans les aĂ©roports nâauraient pas besoin dâĂȘtre remplacĂ©es pour utiliser les biocarburants. En plus de faciliter une adoption rapide, cela Ă©vite la construction de nouvelles structures et donc la limitation de lâempreinte environnementale globale.
Les inconvénients
Retour les pieds sur Terre.
La premiĂšre chose que lâon peut noter quand on parle de ce sujet, câest le problĂšme de disponibilitĂ© et la mise en concurrence entre les usages.
Les biocarburants sont créés avec des ressources organiques, qui sont Ă©galement utilisĂ©es dans dâautres secteurs comme lâalimentation. Les surfaces dĂ©diĂ©es Ă la production de biocarburants entrent alors en compĂ©tition avec celles dĂ©diĂ©es Ă lâalimentaire.
Cela pose aussi la question de la rĂ©partition des biocarburants pour dâautres secteurs comme le trafic routier ou encore maritime.
Pour faire face Ă cette problĂ©matique, il reste la solution des Ă©lectrocarburants, ou e-carburants, qui sont fabriquĂ©s avec de lâhydrogĂšne vert et de dioxyde de carbone captĂ© dans l'atmosphĂšre.
Le problÚme ? Leur besoin en électricité est parfois trÚs fort et son impact est conséquent car souvent peu décarboné.
Face Ă cette contrainte de lâallocation des biocarburants se pose la question de la prioritĂ© :
Est-ce les courts/moyens/longs courriers qui devront utiliser les biocarburants ?
Est-ce que lâon va devoir justifier ses trajets (loisirs/famille/travailâŠ) ?
Est-ce quâil va mĂȘme falloir choisir entre transport routier, aĂ©rien, secteur du bĂątiment, transport maritime⊠?
Surtout, si les avions actuels peuvent voler avec maximum de 50% de SAF mélangé au kérosÚne classique, cela ne supprime pas complÚtement les énergies fossiles.
MĂȘme si demain les nouveaux avions pouvaient voler avec 100% de SAF, quid des anciens appareils ? Mise Ă la casse ? Retrofit ?
Aussi, quâen sera-t-il des vols hors de lâUnion EuropĂ©en ? (Oui, je pose beaucoup de questions).
Car les avions volent avec le carburant mis Ă disposition par le pays de dĂ©part du vol. Aller Ă Bali avec du SAF, mais revenir avec du kĂ©rosĂšne classique, câest un peu contreproductif, non ?
Il faudra donc développer des stations de biocarburants partout dans le monde, mais encore faut-il des lois et des soutiens gouvernementaux qui vont dans ce sens.
Et est-ce que ce sera une priorité pour les gouvernements locaux ?
Toutes ces interrogations amĂšnent Ă dâautres questions globales sur le secteur mĂȘme de lâaviation.
Parce quâil ne faut pas oublier que le meilleur moyen, sur le court terme, pour rĂ©duire lâempreinte carbone est de rĂ©duire le trafic aĂ©rien.
Et donc de questionner son imaginaire de vacances Ă lâautre bout du monde.
Comment miser sur le secteur ?
Pour ceux qui souhaitent creuser les opportunités du secteur des SAF, voici trois stratégies :
1. Sélectionner les leaders du secteur dans votre portefeuille.
Bon, on ne va pas se le cacher, les entreprises en avance sur le sujet des SAF sont majoritairement des entreprises pétroliÚres.
Vous serez donc exposé aux énergies fossiles classiques.
MĂȘme le finlandais Neste Oyj, leader du secteur, ne rĂ©alise âqueâ 35% de son chiffre dâaffaires avec les biocarburants contre ~40% pour du carburant fossile.
2. Trouver des fonds sur cette thématique
Ce nâest pas la panacĂ©e non plusâŠ
Peu de fonds visent spĂ©cifiquement ce sujet, certains ciblent les matiĂšres premiĂšres liĂ©es aux biocarburants (MaĂŻs, Soja, Sucre etc) mais cette classe dâactif est Ă rĂ©server aux professionnels de lâinvestissement car elle est soumise Ă des mouvements de marchĂ©s difficilement apprĂ©hendable par les particuliers.
3. Miser sur les infrastructures
Qui dit nouveaux carburants, dit nouvelles usines (ou retrofit dâusine actuelle), dit besoin dâinvestissement dans les infrastructures.
Certains fonds se spécialisent dans le financement des infrastructures de la transition.
MĂȘme si pour lâinstant, les premiers projets ont Ă©tĂ© financĂ©s directement par les entreprises (parfois avec lâaide des pouvoirs publics).
Conclusion
Jâadorerai que lâaviation ait une empreinte minimale.
En rĂ©alisant les recherches pour cette Ă©dition, je me suis bien rendu compte que ça nâallait pas ĂȘtre pour demain si on mise uniquement sur les SAF.
Et comme il sâagit dâune activitĂ© principalement de âloisirâ, elle ne doit pas ĂȘtre prioritaire dans lâutilisation des SAF.
Pas Ă©vident, dâĂ©crire sur ce sujet de lâavion qui peut ĂȘtre trĂšs clivant pour certains. Alors dis-moi ce que tu en as pensĂ©, juste en dessous.
On se retrouve dans deux semaines pour une nouvelle édition.
PS 1 : Si tu souhaites ĂȘtre accompagnĂ©(e) dans tes investissements, rĂ©serve une consultation ici
PS 2 : Toutes les éditions précédentes sont dispos ici.
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GaĂ«l đł
â ïž Et pour finir : Je voudrais te rappeler quâici tu ne trouveras pas de conseils d'investissement ni de recommandations personnalisĂ©es. Ces informations sont impersonnelles, uniquement Ă but informatif et pĂ©dagogique et ne sont pas adaptĂ©es aux besoins d'investissement d'une personne spĂ©cifique.Tu dois aussi garder en tĂȘte quâinvestir dans des actifs cotĂ©s ou non cotĂ©s comporte un risque de perte partielle ou totale des montants investis ainsi qu'un risque d'illiquiditĂ©.Et enfin, le traitement fiscal dâun investissement dĂ©pend de la situation individuelle de chacun. Souviens-toi que les performances passĂ©es ne prĂ©jugent pas des performances futures.


